Les secrets de la Weta Cave et un déjeuner de princes

Weta Cave 00
Jour 210 à jour 212
du vendredi 7 au dimanche 9 février 2014

À notre arrivée à Wellington après avoir débarqué du ferry, nous passons la nuit au camping du Top 10 Holiday Park où nos voisins, très bruyants, ont l’air de particulièrement bonne humeur. Je ne suis pas sûre qu’ils dorment beaucoup mais notre van est plutôt bien insonorisé ! Le lendemain matin, samedi 8 février, nous remarquons qu’ils sont tous déguisés : en bagnards, en gang de motards, en filles… Et en y regardant de plus près, ils ne sont pas les seuls : d’autres campeurs ont revêtu des déguisements très colorés. Mais que se passe-t-il ? C’est déjà le carnaval ?

Les secrets de la Weta Cave de Wellington

Nous ne nous attardons pas plus et nous nous dirigeons derechef vers l’autre bout de la ville, à l’est du Grand Wellington, où nous voulons visiter la « Weta Cave », un petit musée gratuit du studio Weta. Ce studio, co-fondé par Peter Jackson il y a 25 ans, a gagné une multitude d’oscars pour ses travaux sur tous les grands films du cinéma d’action, de science-fiction ou fantastique de ces dernières années. Ils ont gagné leur immense renommée grâce au Seigneur des Anneaux : ce sont eux qui ont créé tous les décors, les costumes, les armes, les armures, le maquillage et les effets spéciaux de la trilogie… Et depuis, les producteurs et réalisateurs s’arrachent leurs services. Il faut dire qu’ils font tout : de l’artisanat aux effets spéciaux, toutes les casquettes leur conviennent. Ils créent des mondes impossibles et les rendre réels.

A l’entrée de la Weta Cave, le ton est donné : les trois énormes trolls du Hobbit (la nouvelle trilogie) nous accueillent. A l’intérieur, il y a bien sûr Gollum, un guerrier orc Uruk-Hai, les costumes de Gandalf et d’Aragorn, des reproductions de cartes anciennes utilisées dans les films (je craque pour l’une d’elle mais le tube d’emballage est trop gros pour que nous l’emportions, alors je suis obligée de la reposer), les bijoux, armes et armures de la Terre du Milieu… mais pas que ! Nous assistons à une petite projection gratuite d’un film d’une vingtaine de minutes sur l’histoire de Weta et leurs contributions. Et nous nous rendons compte qu’en fait, ils contribuent d’une manière ou d’une autre à tous les grands succès de ces dernières années : le Seigneur des Anneaux et le Hobbit, évidemment (dont la plupart des scènes sont tournées sur place en Nouvelle-Zélande ou dans les studios à deux pas), mais aussi Avatar, i-Robot, District 9, Elysium, King Kong, Ironman, les aventures de Tintin (en 3D), la Planète des Singes, Halo 3 et bien d’autres ! Leur palmarès est impressionnant.

Nous ne résistons pas à l’envie de visiter leur atelier mais malheureusement, les photos y sont interdites car plusieurs projets sur lesquels ils travaillent sont pour des films en cours de production (dont on ne nous dira pas les noms).

La visite est ultra-intéressante – même si un peu rapide à notre goût car on aimerait y rester plus longtemps. On slalome entre les armes qu’ils fabriquent sous nos yeux : que ce soit des armes médiévales (le Hobbit) ou des armes futuristes (Elyseum), ils font tout de A à Z, du concept à la finition, ce qui peut prendre un temps infini. Même le choix de la couleur de l’arme fait l’objet d’un grand débat et nous avons sous les yeux les armes laser d’Elysium en plusieurs coloris, avant qu’ils nous explique pourquoi ils ont opté pour la version jaune, finalement. Tout est pensé jusqu’au moindre détail, même les traces d’usure sur la crosse ou les stickers mode d’emploi et autres codes-barres créés spécialement pour l’univers en question. Nous pouvons comparer les armes véritables forgées à la main pour les plans serrés et les armes factices en plastique plus léger pour les plans de bataille en plan large.

Notre guide pour la visite (un des employés spécialisé dans le modelage des armes et des armures) nous fait passer de la cotte de mailles artisanale (très lourde) et son substitut en PVC fabriqué maison (très léger mais d’apparence identique) : celui en PVC est entièrement fait à la main à partir de petits tubes de PVC qu’il faut couper en fines lamelles, qu’il faut ensuite imbriquer les unes aux autres. Aucune machine au monde n’est capable de réaliser un tel travail et c’est le cas pour nombre de leurs costumes. Un travail titanesque qui prend souvent plusieurs années. Il en profite pour nous raconter que Viggo Mortensen (Aragorn dans la trilogie du Seigneur des Anneaux) est le seul à avoir réclamé une véritable armure en cotte de mailles pour le tournage, gagnant le respect éternel de toute l’équipe Weta. Il faut dire qu’au final, son armure pesait pas moins d’une vingtaine de kilos. Nous passons aussi à côté de la véritable armure de Sauron : elle a l’air en métal mais est en fait en plastique flexible. Même à quelques centimètres, l’effet est bluffant.

Au milieu du hangar, nous tombons sur la « miniature géante » de Minas Tirith, la cité fortifiée des hommes du Seigneur des Anneaux, qui doit bien faire 4 mètres de haut. Il nous explique, vidéos à l’appui, de la manière dont ils se servent de ces décors « miniatures » – pas si miniatures – pour créer leurs décors. Nous croisons aussi des véhicules à la Mad Max, pour un film qui n’est pas encore sorti.

Place ensuite au maquillage : nous testons les prothèses imitation peau pour le visage ou pour les bras des nains du Hobbit (brrrr, on dirait du jambon!). La palme d’or de la patience revient haut la main à celui qui jouait le rôle du guerrier Uruk-hai dans le Seigneur des Anneaux (dont nous avons pu prendre une photo de sa sculpture-réplique dans la Weta Cave). S’il devait tourner une scène à 7h du matin…son maquillage commençait à 23h la veille. Pas moins de 8 heures de maquillage pour chaque scène !

Un peu plus loin, nous croisons la réplique grandeur nature d’un singe. Notre guide nous explique que tous les poils de ce singe sont de véritables crins de cheval et qu’ils ont été plantés sur la sculpture ultra-réaliste à la main. Un travail de 2 ans. Et pourquoi ? Juste pour « référence » pour les artistes numériques chargés d’animer les singes de la Planète des Singes ou de King Kong, pour que les poils sur le crâne aient l’air réalistes. Barjos, ils sont barjos.

Derrière les baies vitrées, les artisans – forgerons – sculpteurs – peintres – artistes s’activent sur des costumes, des armes, des maquettes. Vraiment, on adorerait rester là et découvrir les mystères et les coulisses de nos films favoris pendant des heures mais la visite s’achève…

Déjeuner de princes à l’Hippopotamus

Nous sautons dans notre van, encore des étoiles plein les yeux (nous continuerons de parler de la visite toute la journée jusqu’à tard le soir) car nous avons rendez-vous à 13h dans un très bon restaurant français de la ville : l’Hippopotamus. Alors certes, en voyant le nom, nous avons eu un peu peur de nous retrouver dans une branche de la chaîne française qui sert de la viande et des frites, mais il n’en est vraiment, vraiment rien. Il s’agit d’un restaurant gastronomique renommé en ville et nous nous offrons ce petit plaisir car la veille, Mike de Melbourne nous a annoncé qu’il venait de vendre la voiture, quinze jours après notre départ. Nous lui avons alors fait livrer champagne et foie gras dans la soirée grâce à une épicerie française de Melbourne que nous avons trouvée sur Internet… et c’était trop tard, nous avions à notre tour très très envie de manger français !

À 13h, nous arrivons donc pile poil à ce restaurant situé dans un hôtel-musée (heu?). La décoration très particulière est en tout cas très chic et pour l’occasion, nous avons essayé de nous faire beau. Le menu est à tomber par terre et notre serveuse-maître d’hôtel est elle-même française, comme beaucoup de membres de l’équipe. Je craque pour le « Carré d’agneau roti au miel, vol au vent de ris d’agneaux tandoori, crème au curry et petits légumes printaniers » et Rodolphe pour le « Coeur de filet pure Angus, plat de côte glacé au Madère, sauce aux Morilles, galette de pommes de terre à la truffe » mais c’est surtout au moment du dessert que nous restons émerveillés : ils sont sublimes et surtout, délicieux.

De la fenêtre, nous avons une très belle vue sur Wellington et le port et dans la rue, nous voyons des myriades de gens déguisés, par groupes entiers. Nous demandons à notre serveuse ce qu’il en est : « Comment, vous n’êtes pas au courant ? C’est le tournoi des 7 nations aujourd’hui et demain ! » Ha, évidemment ! Et l’ambiance de ce tournoi est apparemment très festive et bon enfant et il y a même élection du groupe le mieux déguisé pendant le weekend. Malheureusement, le temps n’en fait qu’à sa tête et nous voyons se déverser d’immenses averses sur les pauvres passants.

À la fin de notre repas, notre serveuse nous remercie et nous dit que puisque nous avons déjà payé d’avance, nous pouvons y aller quand nous voulons. Hein ? Déjà payé ? Devant notre air ébahi, elle comprend tout de suite qu’il doit y avoir méprise et elle retourne vérifier avec ses collègues. Zut ! Si seulement on avait pas eu l’air aussi surpris ! Mais comme dit Rodolphe, on aurait forcément demandé l’addition à un moment donné. (Nous avions réservé sur Internet la veille, mais pas réglé quoi que ce soit).

Nous quittons à regret ce bon restaurant et nous précipitons dans le van pour nous mettre à l’abri des averses. Nous flânons un peu en ville, à la recherche d’un magasin de jeux de cartes pour agrémenter nos soirées ou nos pauses sur la route. Après plusieurs hésitations (je voulais acheter un Munchkin, un jeu de cartes rigolo que j’ai déjà à Paris mais qui n’est pas le mieux pour jouer à 2) nous finissons par craquer pour Citadelles : un jeu français dont j’ai déjà entendu beaucoup parler…mais qui là, est traduit en anglais ! Les vendeurs-geeks, très sympas, essaient de nous orienter vers d’autres jeux de cartes et nous invitent même à tester une partie en leur compagnie, mais nous n’avons pas vraiment le temps. Nous finissons par acheter Citadelles et nous reprenons la route, pendant que je lis les règles du jeu. Notre prochaine étape, c’est une escapade dans le centre fumant de la Nouvelle-Zélande, au milieu des geysers.

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