Surchauffe sur l’Oodnadatta Track !

Oodnadatta Track 00
Jour 172 à jour 174
du mardi 31 décembre 2013 au jeudi 2 janvier 2014

En ce dernier jour de 2013, et après nous être rassasiés de cette fameuse pizza, nous quittons le ville des fous de Coober Pedy pour nous attaquer à un autre morceau de taille : la légendaire Oodnadatta track !

À peine avons-nous bifurqué sur la piste qu’un panneau nous informe des risques que comporte une telle route : (que je traduis ici pour les non-anglophones qui se reconnaitront parmi nos lecteurs :) )

Oodnadatta Track 1

ATTENTION : ZONES RECULÉES DROIT DEVANT !

Les précautions suivantes sont recommandées :

- Transporter suffisamment de carburant, d’eau, de nourriture, de cartes routières, 2 roues de secours
– 2 crics, une pelle, kit de premier secours, outils et corde de remorquage
– Buvez de l’eau à intervalles réguliers afin d’éviter la déshydratation
– Roulez aux vitesses appropriées aux conditions de la route
– Évitez de rouler la nuit quand les animaux sauvages et le bétail peuvent être actif
– Dans le cas d’une panne mécanique : NE QUITTEZ JAMAIS VOTRE VÉHICULE
– Ne pas camper dans les lits de rivières – Les inondations-éclairs peuvent survenir sans prévenir
– Évitez de conduire par temps humide – Les routes peuvent devenir dangereuses voire impassables
– Gardez informés vos amis ou vos relations de votre itinéraire à travers l’Outback

Devant tant de dangers potentiels, plus d’un aurait fait demi-tour fissa pour terminer les 540 km séparant Coober Pedy de la prochaine ville d’importance, Port Augusta, par l’autoroute. Mais c’est bien sûr la dernière chose que nous voulons et c’est aussi pour cette piste que nous avons acheté un 4×4…!

Nous avons suffisamment d’eau, de carburant et de nourriture pour tenir un siège, le reste n’est que du bon sens ! C’est parti, à nous la poussière et des heures de pistes chaotiques !

Les 162 premiers kilomètres qui nous séparent de William Creek sont plutôt calmes… Il n’y a vraiment rien de spécial à voir et les paysages seraient presque ennuyeux. Nous faisons une courte halte à William Creek, un village de quelques… 2 habitants – en gros, le pompiste et sa femme – afin de visiter le Pub/Station Essence/Restaurant/Motel… qui a la réputation d’avoir des milliers de cartes de visites et autres curiosités accrochées aux murs, du sol au plafond ! Mais quelle déception lorsque nous entrons ! L’endroit est lugubre et digne d’un hôpital cambodgien… Quasiment tout a été décroché et les murs ont été repeints en blanc cassé. Déçus, nous noyons notre chagrin dans une bouteille d’eau fraiche et reprenons la route…

C’est à partir de là que les paysages commencent à changer et devenir plus intéressants. En effet, nous approchons petit à petit du Lac Eyre, le plus grand lac salé d’Australie. Le plus souvent à sec, le Lac Eyre est recouvert d’une couche de sel que l’on aperçoit depuis la route. C’est également ici que se trouve le point le plus bas d’Australie, à 13m en dessous du niveau de la mer… et comme la vallée de la mort aux États-Unis, il est fortement déconseillé de se balader dans ce coin en plein été ! Alors que faisons-nous là ? On continue notre route, pardi !

L’Oodnadatta track suit le tracé de l’ancienne ligne de chemin de fer reliant Adelaide à Alice Springs – The Ghan – qui elle-même suivait la ligne de télégraphe, et qui elle-même suivait une route ancestrale de commerce aborigène… Soit un beau morceau d’histoire australienne comme il y en a peu ! Mais à la vue de cet enfer de chaleur que vous pouvez apercevoir sur les photos, vous vous demandez sûrement pourquoi diable les aborigènes avaient-ils eu l’idée saugrenue de tracer un sentier par ici ?

Et bien parce qu’on y trouve nombre de sources d’eau, et c’est même tout à fait spectaculaire !
Nous arrivons à Wabma Kadarbu Mound Springs (à vos souhaits !), un des endroits où les sources ne sont pas taries et facilement accessibles depuis la route. Nous nous arrêtons un moment afin d’admirer ce contraste entre paysage lunaire et ces tous petits coins de verdure d’où sort une eau incroyablement claire ! L’eau remonte naturellement du Grand Bassin Artésien d’Australie (le plus grand et le plus profond bassin artésien du monde, une nappe phréatique où l’eau est sous pression) et entraîne dans sa remontée des sédiments qui forment ces auréoles que l’on voit au fond de l’eau. Un spectacle fascinant ! Et c’est en poursuivant la lecture des quelques panneaux sur place que l’on comprend pourquoi ces sources sont véritablement extraordinaires. Pour vous la faire courte, le Grand Bassin Artésien couvre 23% du continent australien et s’étend du Queensland, là où il se remplit par les pluies abondantes dans cette région du nord-est, jusqu’à peu près là où nous sommes… Et l’eau, pour faire ce trajet de près de 2000 km, mettrait quelques 2 millions d’années, passant de grain de sable en grain de sable !!!

Devant une telle force de la nature, nous ne pouvons que nous incliner et reprenons alors la route pour notre prochaine étape : Le lac Eyre Sud. C’est l’endroit de la route qui passe le plus près du lac, toujours à sec, et c’est ici que nous passerons notre nuit de réveillon ! Une fois arrivés, nous nous installons et sortons table, chaises et douche solaire que nous arriverons à suspendre sous un petit abri exposant des panneaux explicatifs. La douche est toujours brûlante alors que nous ne la sortons jamais du coffre !

L’endroit est totalement désert et aucune voiture ne viendra à passer de la soirée. Il est temps de préparer notre repas de réveillon. Ce soir au menu, un bon morceau de viande et des gnocchis, soit quasi la même chose qu’à Noël ! :) Le tout arrosé d’une bonne eau à osmose inversée (au goût douteux), chaude bien évidemment ! Si le repas n’est pas des plus gastronomiques, la vue, elle l’est totalement (si l’on enlève le g) ! Il n’y a strictement aucune pollution lumineuse à l’horizon et pas un nuage ne vient obscurcir ce ciel superbement étoilé, nous laissant contempler une magnifique Voie Lactée. Nous nous régalons de ce ciel avant d’aller nous coucher en cette nouvelle année 2014 (que nous avons loupé de dix minutes !). Bonne année !

Le réveil du lendemain est chaud, pour changer… Nous plions bagage comme à l’accoutumée et reprenons l’Oodnadatta track en direction du sud-est. La veille, peu avant de nous arrêter, la voiture avait comme des sautes d’humeur et perdait de temps à autre de la puissance, d’un seul coup, puis cela revenait aussi brusquement que c’était parti… Ce matin, nous roulons près de 50 km avant que les symptômes réapparaissent. Ne pouvant pas faire grand chose sur place, nous décidons de faire vérifier cela à la prochaine ”ville” que nous croiserons, à 50 km d’ici… C’est alors que nous passons près d’étranges sculptures géantes en bord de route, comme 2 avions plantés debout…

À peine quelques kilomètres après avoir dépassé ces sculptures, la jauge de température grimpe en flèche et se colle dans la zone rouge ! Je stoppe la voiture illico et j’ouvre le capot en laissant le moteur tourner afin de voir s’il n’y a pas une fuite. Mais rien d’anormal à priori. Le moteur étant très chaud, je ne prends pas le risque d’ouvrir le radiateur et stoppe l’engin pour qu’il refroidisse un peu. Un coup d’œil sur nos téléphones : eux aussi ont trop chaud et se sont mis en alerte température : il faut les refroidir avant de pouvoir les rallumer… c’est vous dire s’il fait chaud ! C’est sûr, aujourd’hui nous approchons des 50°C.

Un bon quart d’heure plus tard, nous re-tentons de rouler quelques kilomètres mais très vite le moteur regrimpe dans le rouge et nous sommes contraints de nous arrêter au bout de deux minutes. Après une ou deux tentative de plus, on décide de faire demi-tour et de se rendre à cette ferme où se trouvaient les sculptures. Il y aura peut-être quelqu’un et, qui sait, un téléphone pour appeler le prochain village ? Mais avant de faire demi-tour, je tente la technique de mon pote Simon. Ce dernier avait eu la bonne idée de nous donner toutes les ”ficelles” en cas de surchauffe moteur, une prémonition ?… Première technique de sioux, mettre le chauffage à fond. Pourquoi ? Pour évacuer l’air chaud du moteur dans l’habitacle ! Un bonheur par un temps pareil !

Deuxième technique de sioux, je tente de mettre des cales afin que le capot ne soit pas complètement fermé et que plus d’air puisse circuler dans le moteur. Une sangle en plus pour que le capot ne s’ouvre pas d’un coup et le tour est joué. Mais la piste ne sera pas du même avis et très vite, les cales tombent et le capot se referme. Comme aujourd’hui est un jour venteux (d’air brûlant, bien sûr), je tente le tout pour le tout et ouvre en grand le capot, coincé par sa tige et la sangle. Ne pouvant plus rien voir par le pare-brise, la logique voudrait que je passe ma tête par la fenêtre. Mais notre voiture est équipée de ces @&#$*%+ù£! de bulles en plastique fixées aux fenêtres, rendant impossible toute sortie de tête ! Me voilà alors à moitié dehors, à passer la tête par la portière ouverte et capot grand ouvert, à rouler sur l’Oodnadatta track, chauffage à fond, en ce 1er Janvier 2014. On vous l’a dit que cette piste était mythique !

Nous faisons quelques kilomètres en sens inverse et voyons de nouveau les grandes sculptures qui se dessinent au loin quand tout à coup, 2 voitures débarquent ! Je les arrête et constate que ce sont des asiatiques qui ont l’air encore plus effrayés de nous trouver là que nous pourrions l’être. Je leur explique que nous allons dans la même direction qu’eux mais que nous avons juste fait demi-tour pour tenter de rejoindre cette ferme, derrière eux. Ne sachant pas trop ce qu’ils peuvent faire pour nous, ils proposent de contacter la police lorsqu’ils seront au prochain bled à 50 km de là, à Marree. On hésite mais on finit par leur dire que ce ne sera pas la peine et qu’on trouvera une solution… Ils prennent tout de même notre numéro de plaque d’immatriculation et nous leur indiquons que nous irons près de la sculpture du grand chien que l’on aperçoit au loin.
– ”We wait at the Big Dog, ok ?”
– ”Yes, yes, ok ! Big Dog !”
Et ils repartent…

Nous continuons sur notre lancée et arrivons enfin à cette ferme, où à priori il n’y a pas âme qui vive… On défait les chaînes des portails et on tente tout de même de se diriger vers l’un des bâtiments quand une troisième voiture débarque sur la route. Un miracle en ce 1er Janvier ! Je cours pour les arrêter et voit avec plaisir que celui-ci est un bon australien du bush ! À la vue de notre voiture, les tripes à l’air, il demande s’il peut nous aider. Je lui explique le problème et il accepte gentiment de jeter un coup d’œil. Sans même se demander si c’est chaud, il ouvre le radiateur à l’aide d’un beau chiffon tout propre qu’il sort de son 4×4. Alors qu’on m’avait toujours dit de faire très attention à ne JAMAIS ouvrir ce bouchon lorsque le moteur était chaud…! Lui n’hésite pas une seconde et constate qu’il n’y a plus d’eau ! Plus une goutte ! Surpris, je constate effectivement que c’est bien vide alors que j’avais bien évidemment vérifié le niveau la veille, à notre départ de Coober Pedy… Il sort un gros bidon de son coffre et verse au moins 7 litres dans le réservoir… ce n’était pas qu’une simple fuite !

Nous redémarrons la voiture radiateur ouvert et le niveau d’eau n’a pas l’air de bouger, ce qui est plutôt bon signe… Puisque notre australien du bush va dans la même direction que nous, il propose de nous suivre jusqu’au prochain village, restant dans les parages en cas de pépin.

Nous reprenons alors la route et parcourons les 50 derniers kilomètres qui nous séparent de Marree.

C’est alors que quelques km avant le village, un 4×4 de la police arrive en sens inverse et nous fait signe de nous arrêter. Le jeune flic nous demande si nous n’aurions pas vu un 4×4 un peu dans le même genre que le nôtre, qui aurait eu un problème et dont les gens ont un gros chien… Heu, pour le chien, non, mais pour le reste, c’est certainement nous ! Le flic est content de voir que nous nous en sommes à priori sorti et lui aussi nous escorte jusqu’à Marree qui n’est plus qu’à 5 km. Arrivés sur place, nous nous arrêtons à la station service où Titine a bien le droit à une pause ainsi qu’un bon plein de Diesel. Une fois le moteur bien refroidi, je re-vérifie le niveau d’eau et celui-ci n’a pas bougé d’1mm… étrange. Nous remercions l’australien qui nous a aidé et le flic pour s’être déplacé jusqu’ici et ce dernier nous indique qu’il y a un bon mécanicien à Copley, à un peu plus de 100km d’ici.

Pour nous remettre de nos émotions, nous nous offrons une glace et de l’eau bien fraiche à la station service où la dame nous demande tout de suite si nous allons bien et si notre chien va bien ! Nous finissons par comprendre que les asiatiques étaient passés par là, qu’ils avaient prévenus que nous étions coincés sur la piste et que nous avions un gros chien… C’est donc la dame de la station qui avait préféré prévenir la police, de peur que l’on nous retrouve totalement desséchés. Quant au gros chien, c’était juste une incompréhension, nos amis asiatiques n’ayant pas compris que nous parlions d’une des sculptures de la ferme, facilement reconnaissable de très loin …!

Une fois les mystères résolus, nous finissons les 114 derniers kilomètres de cette longue journée jusqu’à Copley, où le garage est bien évidement fermé à cette heure-ci ! Qu’importe, il y a justement un petit camping voisin et l’on décide de s’y installer pour la nuit. Quelle n’est pas notre surprise lorsque nous y retrouvons nos amis asiatiques sur le site d’à côté ! Il s’avère qu’eux aussi avaient eu un problème mécanique quelques jours auparavant et que leur voiture était justement en cours de réparation dans ce garage. Nous apprenons qu’ils sont coréens, qu’ils vivent à Sydney et qu’ils étaient en vacances avec des amis dans la région (ceux avec qui nous les avons croisés plus tôt). Leurs amis ont du repartir et eux attendent que leur voiture soit enfin prête à repartir. Ils sont totalement ravis de nous voir là, étant mort d’inquiétude de nous avoir laissé sans rien pouvoir faire sur la piste ! Nous les remercions encore une fois d’avoir prévenu le village qui avait envoyé la police… Tout le monde est sain et sauf… même ce gros chien !

Le lendemain, nous nous rendons au garage. Après une petite attente, ils acceptent de regarder notre voiture. Le chef mécanicien n’a pas l’air d’être un tendre et son verdict est sans appel : c’est le joint de culasse ! Mais cette fois, je n’y crois pas. Ok, j’ai déjà pété un joint de culasse sur une autre piste mythique d’Australie il y a quelques années, mais là, je sais que ce n’est pas ça. Je n’arrive pas à faire comprendre qu’il y a eu 2 problèmes : celui de la perte de puissance, la veille, et le fait que nous ayons perdu 7 litres d’eau aujourd’hui, sans la moindre trace de fuite… Pour moi, ce sont deux choses distinctes et pas forcément liées.

Le chef mécano ne voulant de toute façon rien faire pour nous aider, sauf de nous dire de vendre notre voiture au plus vite si elle tient jusque là, nous repartons de Copley dépités.

Au moins, garderons-nous un bon souvenir de ce petit village, où les tenanciers du camping étaient extrêmement charmants ! David et Shirley nous indiquent qu’il faisait près de 50°C la veille, de même qu’aujourd’hui et que ce serait probablement encore le cas dans toute la région aux alentours pour les jours à venir ! D’ailleurs, la température la plus haute jamais enregistrée en Australie a été de 50,7°C dans la ville d’Oodnadatta, le 2 janvier 1960…

N’en pouvant plus de ces extrêmes, nous décidons d’écourter notre séjour et de rejoindre la côte le plus vite possible… Nous passons alors à côté du parc national des Flinders Ranges et gagnons Port Augusta en fin d’après-midi. De là, nous prenons la direction d’Adelaide mais nous nous arrêtons quelques kilomètres après au magnifique point de vue de Hancock sur le Mont Remarkable. Cette nuit là sera l’une des plus venteuses que nous ayons eues en Australie… et la température chutera de près de 33°C en 1 jour et demi pour tomber à 17°C… Au petit matin, le site est entièrement couvert par une brume épaisse où on ne voit pas à 10 mètres… Bienvenue en 2014 !

 

4 réponses à Surchauffe sur l’Oodnadatta Track !

  1. Les globe trotteurs

    Bluffés par ce coin de verdure au milieu du désert! Quelle aventure quand même! On est même essoufflés et en manque d’eau à la fin! Photos sublimes…

    • Jordane

      Wow, merci beaucoup, vos commentaires nous touchent énormément ! Réécrire tout cela deux mois plus tard nous permet d’apprécier à sa juste valeur la fraîcheur des nuits chiliennes… et le luxe d’avoir de l’eau fraîche à portée de main ! Alléluia ! :D

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