Sur la route de Cairns et de la Savannah Way

Desert to Alice Springs 00
Jour 157 à jour 162
du lundi 16 au samedi 21 décembre 2013
Les Jourama Falls et les mangues de Bowen

Après avoir quitté Airlie Beach et roulé une bonne journée entière, nous terminons notre trajet dans le parc national de Paluma Range, un peu en retrait de la route principale, où nous trouvons un camping fort sympathique et presque désert. Les forêts que nous apercevons sur les bas-côtés deviennent de plus en plus tropicales et l’air se réchauffe un peu. Et oui car ici, remonter vers le Nord, ça veut dire se rapprocher des tropiques…! Nous avons tout juste le temps de déplier la tente qu’il fait déjà nuit et nous préparons notre dîner éclairés par nos lampes frontales. C’est alors que nous apercevons une silhouette bouger à quelques mètres… c’est un wallaby ! Impossible de les prendre en photo mais nous en verrons défiler toute la nuit, à la lueur de la lune, juste à nos pieds !

Le lendemain, nous commençons par une petite balade matinale jusqu’à Big Crystal Creek, une rivière à quelques centaines de mètres de notre camping, calme et reposante.

En reprenant la route pour Cairns, nous croisons des petites ”fruit boxes” (boite à fruits) pleines à craquer de mangues, sur le bord de la route. Il est vrai que nous sommes en pleine région de Bowen (une ville un peu plus au sud), renommée pour ses mangues. Vu que nous adorons ça tous les deux, ce serait bête de ne pas s’y arrêter ! Les fruit boxes sont en ”libre-service” : vous choisissez vos mangues et glissez une pièce de 50 cent pour chacune d’entre-elle dans une petite tirelire. Je vois d’ici les mauvaises langues : SI ! Nous avons payé nos mangues et ne l’avons pas regretté d’ailleurs, elles se sont révélées les meilleures de tout notre voyage (et les moins chères) !

Quelques kilomètres plus loin, nous remarquons un panneau indiquant une chute d’eau non loin de là. Pour une fois, nous sommes assez larges sur notre planning du jour, alors nous décidons d’aller y faire un tour. Après une petite marche d’un peu moins d’une heure et toute en montée (!), nous arrivons enfin au point de vue sur les chutes de Jourama Falls. Le soleil joue un peu à cache-cache avec les nuages mais nous réussissons à faire quelques photos en pleine lumière et ça valait le coup ! La balade mérite le détour et nous fera même rencontrer quelques insectes étranges…

C’est en fin de journée que nous arriverons enfin à Cairns, mais avant de nous installer dans le caravan-park près du centre ville, nous passons faire quelques courses et nous offrir un jus frais ”Boost”. Qu’est-ce que c’est ? C’est une chaine de ”bar à jus” censé être bon pour le corps et, comme son nom l’indique, revitalisant à coup de vitamines ! En tout cas, c’est rafraichissant et c’est le principal car la température ici à Cairns grimpe légèrement au-dessus des 30° (une première depuis notre arrivée)…

Plongée en eaux troubles sur la barrière de corail du côté de Cairns

Le lendemain, « de bonne heure, de bonne humeur » à 7h du matin, nous avons rendez-vous au port pour une nouvelle journée de bateau avec Passions of Paradise. Nous en profitons pour laisser notre carrosse dans un garage car elle a grandement besoin d’une vidange et nous leur demandons, tant qu’à faire, un check-up complet de Titine, histoire de nous assurer que tout est en ordre avant de prendre la route pour le désert du centre dans quelques jours.

Après avoir laissé les clés dans la boite aux lettres du garage (il est trop tôt pour les garagistes !), nous nous rendons aux quais d’où partent tous les bateaux qui se rendent sur la Grande Barrière de Corail. C’est un peu l’usine comparé aux Whitsunday Islands… mais qu’importe ! Nous avons réservé un tour sur un bateau qui propose principalement du snorkeling, c’est-à-dire une plongée simplement équipés de palmes, masque et tuba. Jordane ne peut pas plonger en bouteilles à cause d’une récente opération du tympan mais Rodolphe n’a encore jamais essayé, et qui sait, ce serait peut-être l’occasion ? Nous avons en tout cas la chance qu’il ne pleuve pas ce matin car il a plu durant la nuit et nous n’avions pas du tout envie de renouveler l’expérience d’Airlie Beach en repoussant maintes et maintes fois la date de notre excursion…

Nous montons à bord et on nous fait tout de suite remplir toute une série de documents au cas où on souhaiterait plonger avec des bouteilles. À peine les amarres larguées que tout le staff nous donne les consignes de sécurité habituelles et nous force presque à prendre des pilules anti-mal de mer… qu’ils vendent pour 6$, pas fous les bougres ! À priori le temps en mer risque d’être assez sport : il y a du vent et une forte houle, ça va bouger sévère sur le bateau une fois sorti du port et il y a de grandes chances de tomber malade. Charmant programme ! On hésite et on se dit que ce serait bête d’être malades toute la journée… mais on ne prendra qu’une pilule chacun au lieu des deux préconisées (on ne prend pas celle du retour) et, je vous rassure tout de suite, nous n’avons pas été malades du tout.

Le bateau prend le large et commence à frapper les vagues de plein fouet, ça valse, ça tangue, ça bouge vraiment beaucoup, en fait ! Quelques personnes se risquent à rester à l’avant du bateau mais ils auront très vite droit à une baignade en avance (et l’eau est fraîche avec le vent cinglant) ! Le pont du bateau est complètement submergé par quelques vagues. Nous atteignons le premier point de plongée de Michaelmas Cay après deux bonnes heures de bateau, un peu abrutis par le vent fort qui nous souffle à la figure depuis le début. On s’équipe de nos palmes, masque et tuba, et un petit bateau nous amène sur un minuscule îlot de sable servant de refuge à une colonie d’oiseaux. Sauf que comme la mer est vraiment forte et à cause de la pluie de la veille, la visibilité est quasi nulle une fois la tête sous l’eau et nous ne verrons rien lors de cette première sortie en mer.

Nous remontons à bord pour un déjeuner rapide puis nous mettons en route pour le deuxième point de plongée « exclusif » de Paradise Reef, non loin de là. Le staff indique que ce sera mieux cette fois-ci mais reste néanmoins assez réservé. Rodolphe se remet à l’eau mais Jordane préfère rester sur le pont, fatiguée après cette matinée un peu trop agitée et l’eau beaucoup trop fraiche à son goût. Notons en plus qu’à bord, les combinaisons sont payantes mais on vous prévient bien que les méduses tueuses sont dans le coin… La visibilité est certes un peu meilleure mais rien d’exceptionnel, d’autant plus que les nuages reviennent en nombre et qu’il n’y a quasiment plus de soleil frappant directement la mer…Vous l’aurez compris, cette journée en mer aurait pu être évitée, d’autant plus que notre première expérience sur le Camira aux Whitsunday Islands avait mis la barre très haute ! Nous aurons tout de même réussi à prendre 2 photos sous-marines qui, une fois un peu retouchées, vous donnent une idée de ce qu’on l’on voyait sur la grande barrière de corail ce jour-là.

Une fois de retour à Cairns après un retour encore très agité, nous récupérons Titine in-extremis avant la fermeture du garage (elle a passé le check-up haut la main, avec les compliments du garage !) et retournons à notre caravan park pour la nuit.

La Savannah Way

Le lendemain, nous quittons définitivement la côte Est pour entrer à l’intérieur des terres, direction le désert. Et pour cela, nous commençons notre route par le début de la ”Savannah Way”, une route mythique traversant tout le nord du pays, de Cairns à Broome en passant par Katherine et empruntant la fameuse Gibb River Road, au nord-ouest du pays. Pour notre part, nous ne ferons que le premier quart de cette route jusqu’à Normanton. Mais avant cela, il a bien des choses à voir sur le début du parcours, comme les chutes d’eau de Milstream ou encore Ravenshoe, la ville la plus haute du Queensland, à près de 1000m d’altitude. Malheureusement, il pleut sans cesse depuis le matin et nous ferons peu de stop sur le trajet.

Nous avalons du kilomètre pour tenter de fuir la pluie et ça finit par payer ! Après avoir traversé de vastes plaines sur une route à une seule voie (gare à vous lorsque vous croisez un road-train) nous décidons de nous arrêter pour la nuit un peu en contrebas de la route, près d’une crique et d’un petit ruisseau nommé Routh creek. Forte de son expérience à l’Australia Zoo, Jordane prend bien soin de vérifier que ce sont bien des bouts de bois qui flottent sur l’eau et non pas de charmant crocodiles, salties (les plus féroces, d’eau salée) ou freeshies (plus timides, d’eau douce).

Ce sera l’occasion pour Rodolphe de faire toute une série de photos de nuit, l’endroit étant particulièrement photogénique, aidé par la lumière de la lune, presque pleine, et par notre lanterne pour lumière d’appoint. Il faut noter que cette journée et cette nuit là, nous n’aurons été embêtés ni par les mouches, ni par quelconques insectes volants attirés par nos lampes… un bonheur qui ne se sera jamais reproduit durant les 13 prochains jours, sans compter les jours de pluie !

La journée du lendemain annonce également la couleur pour les 2 semaines à venir : le thermomètre dépasse les 40°C alors que nous approchons de Normanton et de son crocodile géant. C’est en effet ici qu’en Juillet 1957, une femme répondant au doux nom de Krystina Pawlowska, aurait réussit l’exploit de museler le plus grand crocodile jamais vu, une bête mesurant 8,64m dont une réplique grandeur nature trône en plein centre du village. Balèze… Après cette visite immanquable (!), vous l’imaginez bien, nous prenons la direction du sud afin de rallier Mount Isa, une bien belle destination également (non, en fait, non…il n’y a rien à voir à Mount Isa, c’est juste un point de passage obligé) !

Feux de brousse et techniques de sioux pour échapper aux mouches

Avant cela, il nous faut faire de la route, toujours de la route, mais nous choisissons l’option piste, encore plus déserte et tranquille que le bitume. Nous campons au milieu de rien, mais vraiment rien… à part quelques oiseaux étranges intrigués par notre venue et, bien sûr, par des millions de mouches diurnes et de papillons de nuit, ravis de trouver un peu de compagnie ! Jordane capitulera devant son dîner après que le cinquantième papillon de nuit décide de s’y cracher (Rodolphe finira les deux assiettes de bon cœur !).

La piste qui nous mène à Mount Isa le lendemain nous donne l’occasion de croiser un important feu de brousse. D’épais nuages de fumée noire s’élèvent non loin de nous et l’on commence à se demander si la route ne sera pas coupée par les flammes un peu plus loin… Heureusement, il n’en est rien mais nous sommes aux premières loges pour assister à ce spectacle, désolant et fascinant à la fois. En même temps, rien d’étonnant, nous jetons un petit coup d’œil à notre thermomètre qui est déjà allègrement au-dessus de 45°C… l’occasion de vivre une expérience étonnante : alors que nous étions en train de faire le plein d’essence à Mount Isa, Jordane en profite pour remplir les jerrycans d’eau… bouillante à s’y brûler ! L’eau est quasiment toujours stockée dans des fûts à l’extérieur et il n’est pas étonnant qu’avec des températures pareilles, vous puissiez faire cuire vos pâtes sans avoir même besoin de faire bouillir l’eau… Ça a un côté pratique, avouons-le ! Nous demandons d’ailleurs au centre d’information depuis quand il n’a pas ”vraiment” plu… et la dame nous répond que ça doit faire au moins… 2 ans qu’ils n’ont pas eu une pluie ”sérieuse”. Ça en dit long !

Nous quittons donc rapidement cet enfer sur terre qu’est Mount Isa et prenons la direction de l’ouest, seule route possible pour nous mener jusqu’au centre de l’Australie (mais ce n’est pas pour autant que nous aurons moins chaud, bien au contraire).

Nous campons ce soir là dans le parc national de Camooweal Caves et après un tri exhaustif de notre caisse de bouffe et un rangement au millimètre de notre coffre et de tous nos ustensiles (il est difficile de s’occuper le soir !), nous décidons de préparer notre repas du déjeuner du lendemain directement dans la foulée… afin de ne pas avoir à sortir de la voiture à midi… Mais pourquoi ? Pour éviter les mouches, pardi ! Il est en effet assez difficile de se faire une idée de l’ampleur du phénomène tant que l’on a pas expérimenté les mouches du désert australien, mais le moins qu’on puisse dire c’est que celles-ci sont tenaces et qu’elles sont nombreuses, vraiment nombreuses ! À peine le pied hors de votre voiture ou la vitre baissée qu’elles commencent à vous tourner autour de la tête pour se poser le plus près possible de (dans ?) vos yeux, votre bouche ou votre nez… voire vos oreilles, et c’est assez désagréable comme vous pouvez l’imaginer !

Pourtant, plusieurs techniques existent afin de se protéger des mouches :

  • La technique de l’australien, en restant dans sa voiture, la clim’ à fond… mais vous ne voyez pas grand chose dans ces cas-là !
  • La technique de l’hélicoptère, en agitant un torchon autour de sa tête en continu… On a expérimenté mais c’est vite fatiguant et vous empêche de réaliser toute autre tâche pendant ce temps. (La parade : Jordane agite le torchon pendant que Rodolphe essaie de faire bouillir l’eau des pâtes mais le flux d’air a tendance à rabattre les mouches sur l’eau/les pâtes/la sauce/les sandwichs où elles se collent lamentablement)
  • La technique du Jedi, genre ”je les vois plus”… mais ça ne dure en général que quelques secondes, peut-être plus si vous êtes maître Yoda.
  • La technique du filet autour de la tête et de son chapeau assorti (avec parfois en option, les petites boules qui pendent au bout de fils dispersés sur tout le pourtour du chapeau… et qui s’agitent en même temps que vos mouvements, chassant les mouches de votre visage et vous laissant les mains libres)… certainement très efficace, mais c’est de la triche (et c’est ridicule)…

Bref, à chaque nuit tombée, il y a une ”fenêtre” à ne pas rater, juste après le coucher du soleil, quand les mouches sont parties se coucher, et juste avant la pleine nuit, où une véritable horde de papillons shootés à l’ecstasy viennent faire une rave party géante autour de votre lampe frontale ou de votre lanterne. C’est LÀ, durant ce laps de temps très court, qu’il convient de sortir votre batterie de cuisine et de préparer votre dîner et, si possible, votre déjeuner du lendemain. Une mission délicate, vous l’aurez compris !

Il ne nous reste plus qu’à passer la frontière entre le Queensland et le Northern Territory avant de s’enfiler encore 5 bonnes doses d’une centaine de kilomètres avant de gagner la Stuart Highway, la route coupant le pays du nord au sud et passant par Alice Springs, notre prochaine destination.

L’Australie c’est grand… et plein de mouches !

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