Plongée en eau glacée avec les dauphins d’Akaroa

Akaroa 00
Jour 200 à jour 202
du mardi 28 au jeudi 30 janvier 2014

Après notre petite escapade à Kaikoura et dans l’Alpine Pacific Triangle, nous redescendons vers Christchurch et poursuivons notre route vers le sud en direction de la Banks Peninsula et du petit port d’Akaroa. Nous optons comme à notre habitude pour les petites routes sinueuses qui offrent de magnifiques points de vue sur les environs. La Banks Peninsula s’est formée il y a 8 millions d’années à la suite de deux éruptions volcaniques géantes et nous suivons la Summit Road qui fait le tour du cratère original. Nous nous arrêtons au sommet pour déjeuner (notre traditionnel plat du midi : des wraps avocat – cheddar fondu – vegemite (une pâte salée à base d’extraits végétaux) le tout agrémenté de quelques tranches de bacon chaud). La vue sur Governor’s Bay plus bas est superbe, tout comme le temps.

Il nous faut ensuite encore trois bonnes heures pour atteindre Akaroa où nous arrivons en fin d’après-midi. C’est ici que la première colonie française s’est installée vers le milieu du 19ème siècle et le nom des rues en témoigne encore : la rue Jolie croise la rue Benoit ou encore l’impasse Cachalot. Nombreuses sont les boutiques à avoir adopté le « style français » qui semble se rapprocher plutôt de celui de la Nouvelle-Orléans (balcons en fer forgé, jalousies) que d’une bonne chaumière normande ! Le village est minuscule mais très agréable. Nous passons devant « Chez la mer » et « Bon accord », des backpackers en centre-ville et nous nous garons devant le restaurant « L’escargot rouge » sur le port. Au loin dans la baie, nous voyons un immense bateau de croisière à l’ancre et nous observons de petites navettes faire l’aller-retour pour récupérer les touristes sur le ponton. Les mouettes ont pris place sur les rondins de bois du bord de mer, le soleil est en train de se coucher. Oui, décidément, l’ambiance ici est très calme et apaisante ! Mais au fait, que sommes-nous venus faire ici ? Une petite pause zen dans notre périple ? Si seulement ! La Nouvelle-Zélande est le seul endroit au monde où l’on peut découvrir le plus rare et le plus petit des dauphins : le dauphin d’Hector. Et à Akaroa, non seulement on peut embarquer sur un petit bateau pour aller les voir de plus près… mais on plonge aussi à l’eau pour nager une heure parmi eux !

Mais les places sont rares. Les Néo-Zélandais sont très respectueux de la nature et chaque groupe compte au maximum 10 nageurs. Nous n’avons rien réservé à l’avance (c’est une décision de dernière minute !) aussi nous allons faire un tour à l’office du tourisme du coin, appelés les « iSites ». Il reste bien deux places mais pour le créneau de 15h30 le lendemain. Nous hésitons un peu : nous n’avions pas prévu de rester si longtemps dans le coin ! Allez, banco, nous réservons nos places, guillerets. Nous nous renseignons sur les campings aux alentours et en choisissons un au hasard : ce sera le Onuku Farm Hostel ! Il s’agit d’une ferme de moutons que la même famille possède depuis les années 1860 et d’où partent de belles randonnées à la découverte de la péninsule. Un espace a été aménagé depuis peu pour les voyageurs avec campervans et tentes et nous surplombons tout simplement la baie d’Akaroa. Magique !

En attendant notre rendez-vous de 15h30 le lendemain, nous en profitons pour travailler sur notre site web qui accumule du retard (comment ça, vous vous en êtes rendus compte ?) et poster quelques articles. L’heure approche et nous commençons à nous préparer : nous partirons directement après la plongée. Je vous avoue que je ne suis pas très rassurée. Dehors, il ne fait pas plus de 15°C alors quelle peut bien être la température de l’eau ? J’ai entendu dire qu’il y a dans les parages un courant qui remonte directement de l’Antarctique ! Certes, nous serons en combinaison mais… l’idée me frigorifie. Mais pour des dauphins, je suis bien prête à me geler.

À midi, il faisait toujours un temps superbe, mais depuis, de gros nuages menaçants commencent à assombrir le ciel. Des moutons blancs apparaissent sur l’eau, le vent souffle. Aïe. Nous nous présentons à Black Cat Cruises (l’opérateur que nous avons choisi pour le tour, celui qui a le meilleur taux de rencontres avec les dauphins, environ 80%) et on nous fait patienter un moment. Les nageurs du tour précédent ne sont pas encore rentrés et la responsable a besoin d’appeler le capitaine du bateau pour s’assurer des conditions de la mer. Elle a du mal à le joindre mais y parvient une longue demi-heure plus tard. L’air grave, elle nous répète les propos du capitaine : la mer est démontée, il y a des creux de plus d’un mètre, il faut être un nageur expérimenté pour pouvoir se mettre à l’eau, les dauphins sont bien là mais les vagues les rendront difficilement approchables ou même visibles et elle conclue en disant que si c’était elle, non, elle n’irait pas. Et qu’elle remboursera tous ceux qui préfèrent rester à terre. Grande déception. Elle revient quelques minutes plus tard pour nous annoncer quelle peut placer tous ceux qui le souhaitent sur le premier départ du lendemain matin (elle affrètera un autre bateau en plus du bateau habituel). Allez, nous sommes si prêts du but, nous acceptons ! Mais il n’y a aucune garantie que la mer sera plus calme le lendemain matin…

Nous rentrons donc au camping pour y passer une soirée studieuse. Notre départ du lendemain matin a finalement été repoussé : ce ne sera pas à 8h (les autres nageurs veulent faire la grasse mat’) mais à 11h. Et bien dis donc, nous les aurons mérité ces dauphins ! Le vent souffle encore plus fort que la veille et une couche épaisse de nuages très bas masque la baie depuis le camping. Il fait très sombre. À l’heure dite, nous sommes de nouveau sur le ponton. Nous nous mettons en combinaison : la mienne est tellement serrée que j’ai du mal à m’asseoir ! À priori, ce sont des combis intégrales de 5mm mais l’eau doit être entre 10 et 12°C, je ne suis pas sûre que cela soit suffisant. On nous passe des chaussons, mais pas de gants ni de cagoule. Brrrr…. Un rayon de soleil perce les nuages mais il disparait rapidement.

On embarque à bord de notre petit bateau et Ben, le jeune guide, nous explique comment nous allons procéder. Armé d’une peluche d’un dauphin d’Hector, il nous en apprend plus sur ce dauphin très rare. Puis il nous explique que ce sont bien les dauphins qui vont décider s’ils acceptent que nous nagions avec eux, ou pas. Si nous repérons un groupe de dauphins, le bateau va s’en approcher et attendre. Si les dauphins viennent vers nous et commencent à jouer autour de la coque pendant au moins quelques minutes alors oui, nous pourrons plonger pour nager avec eux. Bien sûr, il ne faut sous aucun prétexte essayer de les toucher. En revanche, si les dauphins s’approchent mais repartent aussitôt, il faudra continuer et essayer de trouver un autre groupe de dauphins dans la baie. Nous avons une demi-heure pour trouver les dauphins et environ 45 minutes dans l’eau avec eux avant de devoir regagner Akaroa. Ben nous tend également un masque et un tuba chacun, mais il nous prévient que vu qu’il n’y a pas de soleil, nous risquons de ne pas voir grand chose sous l’eau. Mais le masque et le tuba ont un autre avantage : ils nous permettent de faire du bruit pour attirer les dauphins, soit en soufflant et faisant du bruit dans le tuba, soit en frappant le tuba contre le bord du masque. Astucieux !

Nous commençons à naviguer et même s’il n’y a pas beaucoup de houle aujourd’hui, le manque de soleil rend difficile le repérage des dauphins. Le capitaine du bateau nous demande de lui indiquer si nous en voyons pour qu’il se dirige vers eux car plusieurs paires d’yeux valent mieux qu’une. Au bout d’une dizaine de minutes, avec Rodolphe nous repérons un premier groupe ! Le capitaine s’y dirige mais les dauphins poursuivent leur chemin. Tant pis… Nous poursuivons plus loin pendant encore une dizaine de minutes et le capitaine se dirige un peu plus près des rochers. L’eau, malgré le mauvais temps, est d’un bleu électrique. Là-bas ! Nous voyons un dauphin sauter hors de l’eau. Le capitaine nous dit que c’est bon signe, que ce groupe doit être d’humeur à jouer. Et effectivement, en quelques minutes une demi-douzaine de dauphins entourent le bateau, curieux. Les plus petits dauphins au monde ? Pour moi, ils font bien la taille d’un dauphin adulte ! Ils sont beaux, avec leur mascara noir autour des yeux et leur ventre blanc. Bon, on vous avoue qu’on a essayé de faire ce qu’on peut, mais nos doigts sont déjà gelés et les appareils photos rangés pour ne pas prendre l’eau. La chasse aux photos n’a pas été bonne même si Rodolphe s’est armé de sa Go Pro.

Et puis, il n’y a pas le temps ! Tout le monde à l’eau ! À ma plus grande surprise, je suis la PREMIÈRE à sauter à l’eau quand je vois les dauphins s’approcher. La morsure du froid est instantanée, j’en ai le souffle coupé. Ben nous a dit qu’il faut une minute ou deux avant que l’eau prise dans la combinaison se réchauffe mais pour les pieds et les mains, c’est une autre histoire ! L’avantage de la combi, c’est qu’il n’y a pas besoin de nager : nous flottons de manière peu gracieuse à la lisière de l’eau, en position assise. J’essaie de garder mains et pieds hors de l’eau le temps de m’habituer à la température polaire quand Ben, resté sur le bateau (pas fou, le bougre) pointe un dauphin qui s’approche de moi. À cet instant, on oublie le froid !

Nous restons une bonne quarantaine de minutes dans l’eau, laissant approcher les dauphins qui n’hésitent pas à passer au milieu des nageurs de notre groupe. Je m’active en usant de tous les stratagèmes pour faire du bruit : souffler dans le tuba, taper le tuba contre le masque… Je ne sais pas si c’est cela en particulier qui fonctionne, mais certains autres nageurs finissent par m’imiter et une demi-douzaine de dauphins viennent jouer autour de nous, sautant parfois hors de l’eau. C’est incroyable. À un moment, deux dauphins passent si près entre Rod et moi qu’ils nous frôlent. Malheureusement l’eau est trouble et mettre la tête sous l’eau n’est pas d’un grand secours. Un autre bateau (plus grand) s’arrête un peu plus loin et nos dauphins curieux finissent par nous abandonner pour aller saluer les nouveaux arrivants.

Nous attendons encore quelques minutes puis nous finissons par remonter sur le bateau. Et là, nous pouvons dire que nous sommes vraiment gelés. Ben nous sert du chocolat chaud qui est grandement bienvenu. Le capitaine nous fait faire un petit tour de la baie où nous voyons quelques cormorans et aussi quelques otaries sur les rochers. Mais nous sommes encore dans notre tête avec les dauphins ! Certains d’entre eux continuent d’accompagner le bateau pendant un moment. Les nuages ne se sont toujours pas levés mais le vent continue de souffler. Je tremble de tout mon corps tellement j’ai froid ! Nous rentrons à Akaroa où nous avons droit à une douche chaude avant de nous rhabiller. De retour à l’agence, nous avons droit au traditionnel « pack photos » de l’excursion. Pour la modeste somme de 40$ bien entendu ! Il est hors de question que nous payons un tel prix…mais sur une des photos de nous que nous regardons, nous voyons un code inscrit en bas à droite ainsi que l’adresse d’un site web… que nous notons discrètement sur notre téléphone avant de reposer le pack photo. La la laaaaaaa…! La prochaine fois que nous avons internet, nous récupérons le …magnifique cliché !

Akaroa 20

Nous retournons au van pour y faire un petit pique-nique frugal avant de nous mettre en route… Prochaine étape…Les grands lacs de Tekapo et Pukaki !

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