Noël à Alice Springs, entre Billes du Diable et OVNIs

Devils Marbles 00
Jour 163 à jour 165
du dimanche 22 au mardi 24 décembre 2013
En route pour Tennant Creek

Nous avons donc quitté la Savannah Way et ses feux de brousse (même si les mouches continuent de nous poursuivre!), laissé Mount Isa derrière nous, campé en bord d’un lac (à priori sans crocodiles) à la belle étoile et après quelques centaines de kilomètres en ce jour 163, nous arrivons à l’intersection de Three Ways. Un modeste panneau indique simplement que nous sommes désormais sur la « Stuart Highway » et qu’à gauche nous trouverons Tennant Creek, à droite Darwin. Ne vous fiez pas à son apparence commune, il s’agit d’une des intersections les plus importantes d’Australie car oui, il s’agit de la seule route reliant le Nord (Darwin), l’Est (d’où nous venons, Mount Isa) et le Sud du pays (Tennant Creek à une trentaine de kilomètres). Un pays si grand et seulement trois routes ? On ne peut voir ça qu’en Australie !

Les « Devil’s Marbles », les billes du diable

En fin de journée, nous arrivons à Karlu Karlu, la réserve de conservation des Devils Marbles (les Billes du Diable). Il s’agit d’impressionnants blocs de granite aux teintes rougeâtres, qui se sont naturellement érodés pour prendre la forme de billes géantes qui tiennent souvent en équilibre comme par magie. Le site a une importance particulière pour les tribus aborigènes d’Australie, il s’agit de l’un des plus vieux sites religieux au monde !

Nous prenons place dans le camping au pied du site (où nous ne sommes que trois) et nous sommes aux premières loges pour voir le soleil se coucher derrière les rochers flamboyants. Lieu sacré ou pas, c’est l’occasion d’une bonne douche chaude grâce à notre douche solaire accrochée à un arbre !

Wycliffe Well, capitale des OVNIs d’Australie

Le lendemain, nous reprenons notre route vers Alice Springs et nous nous arrêtons en chemin dans une station service à l’allure étrange. Un panneau « Bienvenue dans la capitale des OVNIs » nous accueille à l’entrée. Et effectivement, la station a été entièrement aménagée et décorée en hommage à nos amis aliens : de la soucoupe volante aux petits bonhommes verts, rien ne manque ! À l’intérieur, des centaines de découpes de magazines et de journaux sont affichés sur les murs. Wycliffe Well aurait été le lieu de nombreuses apparitions d’OVNIs dans le ciel ! Malheureusement, nous ne pouvons pas attendre la nuit tombée… la rencontre du 3ème type sera pour une prochaine fois !

Noël sous la pluie à Alice Springs

Le reste de notre route de la journée est monotone, comme savent l’être les routes d’Australie parfois. Au fur et à mesure de notre avancée, le temps se gâte et de gros nuages noirs viennent assombrir le ciel. C’est sous de véritables averses que nous faisons notre entrée dans Alice Springs, véritable ville au milieu du désert – la seule ville d’importance à 1000 kilomètres à la ronde – située à 1500 km de Darwin et à 1532 km d’Adélaïde, les deux grandes villes des environs. Bien qu’elle se retrouve sur la plupart des cartes du monde, Alice Springs n’est pas une très grande ville et seul son isolement est notable ! À l’origine, ce n’était d’ailleurs qu’un poste de télégraphe construit entre Darwin et Adélaïde, jusqu’à ce que de l’or soit trouvé dans les environs et que la population afflue…

Dans les rues, nous croisons des aborigènes pour la première fois depuis le début de notre voyage. Assez peu nombreux dans les autres états d’Australie, la plupart d’entre eux vivent aujourd’hui dans le Northern Territory. Le sort des aborigènes modernes est assez triste et il faudrait bien sûr plus qu’un petit article de récit de voyage pour en parler correctement. Beaucoup d’entre eux vivent dans des réserves protégées interdites d’accès, près de leurs sites religieux, où ils vivent de chasse et de cueillette dans le bush. La moitié d’entre eux vivent dans des villes, souvent en périphérie, dans des conditions difficiles. Ils perçoivent des aides financières hebdomadaires de l’état tous les mercredis, en réparation à la spoliation de leurs terres et aux crimes perpétrés suite à la colonisation britannique. Beaucoup d’aborigènes ont sombré dans l’alcoolisme. De nombreux signes « Dry zone » (zone sèche) sont placardés dans le rues et dans les parcs : il est interdit d’y apporter et d’y boire de l’alcool. D’autres sont devenus dépendants des vapeurs d’essence qu’ils inhalent. C’est pourquoi dans le Northern Territory a été créé une essence spéciale nommée « Opal Fuel » dans laquelle ont été réduits les arômes qui produisent l’effet intoxicant.

Dans un tout autre registre, nous passons devant une « School of the Air », une école des ondes par radio qui permet aux enfants isolés de rester scolarisés, lorsqu’ils ne sont pas assez nombreux pour que l’on puisse ouvrir une école ! Les premières leçons ont été broadcastées en 1951 mais de nos jours, l’école de l’air se tient sur Internet, avec vidéo unilatérale (les enfants voient les professeurs) et audio bilatéral (les enfants et les professeurs peuvent discuter en direct). Il a été prouvé depuis que ce type d’éducation a d’aussi bons résultats qu’une éducation classique, si ce n’est de meilleurs !

Vous commencez peut-être à le réaliser, comme nous : l’Australie est un pays-continent très vaste et très peu peuplé… ce qui amène son lot de désagréments, auxquels les Australiens essaient de trouver la parade ! S’il existe des agglomérations où il n’y a pas d’écoles… imaginez ce qu’il en est des hôpitaux ! C’est pourquoi le Royal Flying Doctor Service a été créé : ce service aéro-médical permet aux populations isolées de l’Outback d’avoir accès aux services médicaux. Les équipes médicales se déplacent en cas d’urgence et des visites régulières de médecins sont organisées selon un circuit pré-établi dans des communautés ou des fermes (les fermes là bas sont immenses…La plus grande, Anna Creek, fait 23,677 km2, c’est juste un peu plus petit que la Belgique !). Un peu à la manière de l’école de l’air, il existe un service permanent de télésanté, par téléphone et radio (c’est d’ailleurs sur ces ondes que l’école de l’air a d’abord été lancé). Certaines familles très isolées possèdent une cantine à médicaments d’urgence préparée par le RFDS et, sur conseil des médecins à distance pour la posologie, peuvent s’administrer eux-même les médicaments courants.

Pour nous, rien de tout cela ! Nous errons dans Alice Springs à la recherche du camping idéal, sous des trombes d’eau et faisons quelques courses de « fête » : ce soir, après tout, c’est Noël ! En ce soir de réveillon, nous nous abritons sous notre auvent, emmitouflés dans nos pulls, dans un camping lugubre où tout est éteint. On espérait un peu plus d’animation chez les voisins ! Nous sortons quand même notre belle guirlande achetée sur un marché de nuit à Chang Mai et ça va tout de suite mieux ! Et pour une grande fiesta, tant pis, on se rattrapera l’an prochain !

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