L’île de sable de Fraser Island

Fraser Island 00

Jour 147 à jour 151
du vendredi 6 au mardi 10 décembre 2013

Les préparatifs

Nous voici donc sur la barge qui nous permet de traverser cet étroit bras de mer qui sépare le continent de l’île mythique de Fraser Island… Mythique ? C’est la plus grande île de sable au monde ! Une île de plus de 120 km de long par 24 km de large uniquement constituée de sable (et d’arbres aussi…) Du coup Fraser Island n’est accessible qu’en 4×4 et à moins que vous n’ayez le vôtre (c’est pour ça qu’on en voulait un !) il vous faudra débourser une belle somme pour vous inscrire sur une excursion qui vous fait faire le tour de l’île au pas de course (et avec tout plein de gens), ou bien louer un 4×4 pour quelques jours pour conduire vous-même… mais là, c’est carrément hors de prix ! Pour y passer 4 jours, cela revenait à 10% du prix total de notre 4×4… 10% du prix d’un 4×4 pour seulement 4 jours, nous aurons vite fait le calcul !

À la lecture des infos que l’on nous donne sur l’île, on sent un peu le trac monter tant Fraser est enveloppée de mystères et de potentiels dangers… Il faut conduire dans du sable très mou, ce qui augmente considérablement le risque d’ensablage (nous n’avons aucun équipement de treuillage). La baignade en mer est fortement déconseillée que ce soit à cause des requins ou bien des innombrables méduses qui peuplent l’océan (bon, là, c’est parce qu’on est pas à la bonne saison). La conduite sur la plage est soumise aux marées auxquelles il faut vraiment faire attention, de peur de voir sa voiture se faire emporter au large (et vous dedans…). L’île est peuplée d’une grande colonie de dingos, une espèce de chiens sauvages très beaux, mais avec qui il convient de garder ses distances (mais quand tout un pack vous entoure…) Et enfin, en cette période de l’année, les feux de forêts sont courants et toute la partie nord de l’île est d’ailleurs en train de brûler… (au feu !) De plus, si tous ces paramètres n’étaient déjà pas tous bien compatibles entre eux, il vous faut booker votre trip dès le moment où vous achetez votre permis d’entrée car on vous demande où vous compter passer chaque nuit… et ce n’est à priori pas modifiable.

Bref, avant notre départ, nous prenons un moment à bien calculer les ”fenêtres” où il nous sera possible de rouler sur la plage (à -3h et +3h de la marée basse et jamais entre -2h et +2h de la marée haute et les marées fluctuent d’une heure, une heure et demi d’un jour sur l’autre !). Nous vérifions aussi les distances entre chaque camping pour ne pas tomber en panne d’essence (rouler sur du sable mou double la consommation, en gros) et l’ordre dans lequel nous voulons faire les ”scenic drives” à travers l’île, des pistes tracées à l’intérieur de l’île qui permettent d’accéder à de beaux lacs intérieurs, où là, enfin, il est sûr de nager !

Permis en poche, pleins du reservoir et des jerrycans faits, plein de victuailles, passage rapide chez un mécanicien, achat de petites choses pour bricolage électrique… nous voici parés pour affronter Fraser Island ! De Rainbow beach, véritable base de départ, il nous faut encore conduire une dizaine de kilomètres au nord jusqu’à Inskip Point, point de départ de la barge. Mais à la toute fin de la route, on entre déjà sur la plage et c’est là qu’il convient de dégonfler les pneus. En effet, sur du sable très mou, impossible de laisser ses pneus gonflés comme sur route. Les roues tailleraient alors des saignées profondes dans le sable et nous serions stoppés au bout de quelques mètres ! Ici, on dégonfle ses pneus de près de la moitié de la pression habituelle, de manière à former un petit ”boudin” sous ses roues et d’avoir une emprise au sol bien plus large. Revers de la médaille, la voiture doit constamment lutter contre le sable et cela fait beaucoup plus travailler le moteur (gare à son refroidissement, donc…) et fait doubler la consommation ! La prudence est donc de mise.

Les lacs de Boomanjin, de Birrabeen et notre premier « beach camping » à Cornwells

Nous grimpons à bord de la barge, la traversée dure à peine 10 minutes et voilà que la grande rampe se baisse pour se poser sur la plage de Fraser Island, C’est parti !

Nous sommes dans une bonne fenêtre pour conduire sur la plage car c’est marée basse, on trace donc en direction du nord en suivant la côte. Rouler sur une plage aussi grande donne une sacrée sensation, que ce soit d’infini devant vous ou un peu d’interdit de rouler comme ça avec votre voiture sur une plage… mais c’est vraiment une expérience très plaisante !

Après une trentaine de kilomètres, on bifurque pour faire une des premières ”scenic drive” proposées sur l’île. Ça grimpe carrément et il faut parfois passer en boîte courte sur le 4×4 pour parvenir à grimper certaines côtes mais dans l’ensemble, ça va très bien… On a visiblement suffisamment dégonflé nos pneus et la voiture se comporte bien dans le sable mou. La piste est très jolie, coupant à travers la forêt et montant petit à petit vers le centre de l’île. Petit arrêt pique-nique près du lac bien joli de Boomanjin et peuplé d’oiseaux aux paupières bleutées. Le coin est désert, calme, très agréable ! Nous continuons notre route intérieure jusqu’à découvrir le lac  de Birrabeen dont l’eau est d’un superbe bleu profond. Mais le soleil commence déjà à décliner et il est plus que déconseillé de rouler de nuit sur Fraser Island… Nous reprenons donc la piste pour redescendre vers la plage et nous arrêter au premier camping que nous avions ”déclaré” au moment de l’achat de notre permis, le beach camping de Cornwells.

Les ”beach campings”, ou campings de plage, sont en fait de simples endroits où il est autorisé de camper mais sans aucune commodité, ni douche, ni toilette, ni point d’eau. Il convient donc d’être totalement autonome. Mais pour nous, ce seront les meilleurs souvenirs de Fraser Island ! Camper face à la mer, personne à l’horizon pour vous embêter… le rêve ! C’est lors de cette première soirée que Rodolphe s’attèle à ”créer” de l’électricité dans notre beau carrosse. Oui, car le seul hic de cette voiture était que la prise allume-cigare ne marchait pas et qu’il était visiblement compliqué – et donc beaucoup trop cher – de la faire réparer. Or, cette fameuse prise est le graal de tout bon voyageur qui se déplace en voiture : la seule façon de recharger tout notre barda électrico-gadget-dont-on-ne-peut-pas-se-passer et qui ne cesse de demander des électrons… Nous avions donc acheté une bonne longueur de câble ainsi qu’une multi-prises allume-cigare à Rainbow Beach et, capot ouvert, Rodolphe arrive, tant bien que mal, à raccorder cette multi-prise à l’une des batteries de la voiture. Après deux bonnes heures de bricole, le câble est presque invisible et les prises au bon endroit pour tout recharger, les voyants s’allument, c’est gagné !

Le lac McKenzie, les méduses et l’épave du Maheno

Après une nuit bercés par le bruit de la mer, nous parcourons une autre piste le lendemain afin de rejoindre le fameux lac McKenzie, réputé pour ses eaux incroyablement claires. Le sable est d’un blanc immaculé et l’eau d’une pureté incroyable (à priori parce qu’elle a été filtrée pendant des milliers d’années par les roches alentours). En tout cas, il est bien agréable de pouvoir s’y baigner sans craindre de se faire attaquer par je ne sais quel requin ou de se faire piquer par une vilaine méduse !

Et parlons-en de ces méduses ! Après un peu de farniente sur la plage du lac McKenzie et un pique-nique à Central Station, le plus grand camping de l’île, nous redescendons vers la plage et Rodolphe essaye justement d’éviter de rouler sur les méduses qui jonchent la rive. Mais il y en a tellement (des milliers) que l’on entend de temps en temps un ”chpouuiich” qui en dit long sur la consistance de la bête… Nous repérons au moins 3 espèces différentes de méduses. La bleue à tentacules, la rose avec une ”couronne” et la petite blanche ronde… (très scientifique, n’est-ce pas !) Mais quid de la méduse-boîte, apparemment l’une des plus mortelles au monde et qui élit souvent domicile en Australie à cette saison ? Nous découvrirons plus tard que celle-ci ne fait pas plus de quelques millimètres et est donc invisible sur la plage comme dans l’eau. Rassurant…

Pour le reste de la journée, la marée étant basse, nous continuons de rouler sur la plage pour remonter toujours plus au nord. En fin d’après-midi, nous passons près de l’épave du Maheno, l’un des points forts de Fraser, la carcasse d’un bateau échoué là depuis 1935 et ayant servi de cible pour des entrainements militaires durant la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, il n’en reste plus grand chose et il est totalement défendu d’aller l’explorer de l’intérieur… mais cela fait une bonne halte sur la plage. Le soir, nous resterons à Wyuna, un autre camping de plage, pour une très belle nuit étoilée… bien qu’un peu trop venteuse.

Indian Head, Champagne Pools et feux de brousse

Pour notre troisième jour sur l’île, nous tentons d’atteindre la plage la plus au nord de l’île, après avoir passé l’Indian Head, un gros rocher barrant l’accès côté mer. De là, nous découvrons les grands feux de brousse qui se propagent à l’extrémité nord de l’île. Nous n’irons pas plus loin mais la vue des énormes panaches de fumée est impressionnante.

Sur notre retour, nous nous arrêtons à un autre fameux spot de Fraser, les Champagne Pools, une piscine naturelle en bord de mer (!) où il possible de se baigner car l’endroit est protégé par une barrière de rochers. Et même si c’est frais, il est extrêmement agréable de pouvoir se baigner dans la mer, bien qu’agitée ! Nous restons là un moment, fascinés par les vagues frappant de plein fouet les rochers alentours, avant de repartir pour le sud. La marée étant haute, il ne nous est normalement pas possible de passer par la plage. Mais elle est en train de descendre et nous tentons le coup ! C’est un peu compliqué à certains endroits mais ça passe sans trop de problèmes… et nous voici arrivés tôt dans l’après-midi à Dunduburra, l’un des campings équipés de l’île. Cet après-midi, c’est tri de photos, après une bonne douche à jetons payants ! (mais attention, un jeton ne vous donne que 3 minutes d’eau !)

Les pistes intérieures, le lac Allom

Pour notre dernier jour sur Fraser, il nous faut redescendre au sud pour ne pas manquer la barge du lendemain, sauf que notre fenêtre de conduite sur plage est tard dans l’après-midi. Nous tentons alors l’une des plus grandes pistes intérieures, à peine indiquée sur notre carte. Nous passons d’abord par le Lac Allom, joli mais peu apte à la baignade, puis nous engouffrons dans l’intérieur de l’île. La piste est magnifique et totalement déserte, nous ne croisons personne pendant plusieurs heures. Mais il nous faut rapidement gagner l’un des ”villages” de l’île car il faut ravitailler Titine (oui, c’est son nom !) en gasoil. Son jerrycan du matin ne lui a pas suffi et nous atteignons dangereusement la réserve. Après une courte halte à Happy Valley et 30L de plus dans le réservoir (pas plus, car ici tout est hors de prix, on peut comprendre pourquoi !) nous rejoignons la plage, à marée descendante.

La mer est encore assez haute mais il nous est possible de passer quasiment partout. Nous arrivons enfin à notre campement, déplions la tente et sortons de quoi faire un pique-nique tardif… jusqu’à qu’un dingo pointe le bout de sa truffe. Jusqu’ici, nous avions été assez déçus de ne pas en apercevoir un seul alors qu’on nous avait tant mis en garde contre eux depuis le début. Mais celui-ci est bien là et semble très intéressé par ce que l’on s’apprête à manger. Il finit par partir mais c’est pour mieux revenir, accompagné de son fiston (on présume). On hésite un moment puis devant leur insistance, on décide de plier bagage pour aller à un autre endroit afin de ne pas les déranger car après tout, nous sommes chez eux. Nous arrivons à Wongai, à quelques kilomètres, et re-déplions une nouvelle fois la tente et notre auvent.

Bien plus tard dans l’après-midi, un nouveau dingo apparait au loin, puis deux, trois et c’est en fait tout un pack de six dingos qui se pointe ! Ils ne viennent pas trop près mais nous les tenons à l’œil ! Nous resterons tout de même là pour la nuit et ce sera une bonne occasion de faire de belles photos de ces beaux chiens sauvages. Un petit de cette famille de dingos se met même à hurler un long moment (comme un loup), entrainant à sa suite toute la meute en choeur, une séquence inoubliable ! Peu après, ils décident d’aller faire un tour sur la plage et vont rendre visite à un pêcheur, bien trop occupé à fixer sa ligne des yeux et qui ne voit pas du tout les 6 dingos en train de s’approcher de lui. Plus de peur que de mal pour ce dernier, les dingos, juste curieux, passent leur chemin et s’en vont.

Une fois la nuit tombée, nous en profitons pour faire des photos du ciel étoilé, tant celui-ci est clair et superbe. La lune se couche très tôt ces temps-ci, laissant le champ libre aux étoiles !

Au revoir, Fraser !

Le lendemain, nous parcourons les derniers kilomètres de plage jusqu’à la barge de retour. Cette fois, il y a bien plus de monde qui attend pour débarquer sur l’île. Il faut dire que nous avons été très chanceux, nous avons profité des quelques derniers jours juste avant les grandes vacances d’été des Australiens. Cela nous aura permis de découvrir Fraser presque déserte, ce qui visiblement est plutôt rare !

Dernière mission après ce trip : laver Titine ! L’eau de mer et la mécanique font rarement bon ménage, encore moins le sable… Mais il y a évidement un car-wash spécial qui lave même les entrailles complètes des voitures. Une fois notre beau carrosse tout propre, dessus comme dessous, nous reprenons la route en direction d’un autre spot immanquable de la côte Est… les Whitsundays Islands !

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