Le Steampunk HQ d’Oamaru et les Albatros d’Otago

Steampunk HQ 00
Jour 203 à jour 204
du vendredi 31 janvier au samedi 1er février 2014
Le quartier général Steampunk d’Oamaru

Après notre départ de Twizel, nous osons quelques pointes de vitesse pour couvrir le plus rapidement possible les 170 km qui nous séparent encore d’Oamaru, une petite ville aux allures d’époque victorienne dont les rues regorgent de librairies, galeries d’art, boutiques d’antiquités et de vêtements vintage. Dans l’un des salons de thé de la ville, les serveuses sont même habillées en costume d’époque ! Le dimanche, l’ancien train à vapeur de la ville reprend du service pour vous emmener jusqu’au port un peu plus bas.

Il est donc assez naturel, en fait, que se dresse ici le « Quartier Général Steampunk » (punk à vapeur), un musée un peu étrange et excentrique où sont exposés des créations futuristes qui mêlent le victorien et l’ère industrielle. Le steampunk est définitivement une culture « geek » très peu connue et je suis très surprise de le voir placardé ici sur tous les murs, d’où ma curiosité ! Par chance, nous arrivons quelques minutes avant 16h, achetons nos tickets d’entrée (bien que nos guides nous disaient que c’était une entrée gratuite…) et nous rendons compte qu’en fait, le musée ferme à 17h. Ouf ! L’intérieur du musée est très sombre, éclairé par quelques lanternes et partout, des bruits de vapeur, des mécanismes étranges et des créations très… particulières. Ce n’est vraiment pas le steampunk que je préfère, car celui-ci fait la part belle plutôt à des créations horrifiques qu’à des inventions incroyables ! (Et oui, même dans le steampunk il y a plusieurs écoles).

Rodolphe donne un cours particulier d’informatique à un homme-buffle assis sur une chaise à l’entrée qui porte sur les genoux un antique PowerBook G3 noir (qui daterait de 1999-2000, à priori, me souffle-t-il) pendant que j’explore l’arrière-cour où se dressent des véhicules de toutes sortes : un train qui sourit et aux roues hérissées de crans de la taille d’une main, avec harpon sur le toit, une moto pour géant, un tracteur digne de Mad-Max… Nous en sortons une heure plus tard, pile à temps pour voir l’énorme locomotive de l’entrée nous faire son spectacle : complet avec sirène, lumières et fumée crachotante.

Les étranges billes de Moeraki

Après cette visite haute en couleurs, nous descendons la côte en direction du sud pour nous arrêter aux Moeraki Boulders, 30 km plus loin. Le temps est malheureusement redevenu pluvieux et nous ne resterons pas longtemps sur cette plage étrange où d’énormes ”billes” de roche sont expulsées de la côte sur la plage, au fur et à mesure du grignotage des dunes par la mer et l’érosion. Ces sphères se seraient formées autour de sédiments compressés au fur et à mesure de milliers d’années et il assez intéressant d’observer l’une d’entre elle complètement éclatée à l’entrée du site, nous montrant ses entrailles. Nous prenons quelques photos et quittons rapidement l’endroit, le temps se faisant de plus en plus menaçant et la marée montant de plus en plus.

Nous continuons encore un peu notre route jusqu’à nous arrêter aux alentours du petit village en bord de mer de Waikouaiti. Nous passons devant les 2 campings, aussi inhospitaliers l’un que l’autre, et décidons de tenter notre chance du côté de la plage un peu plus excentrée. Nous trouvons alors un beau spot, certes pas vraiment caché mais il n’est indiqué nulle part qu’il est interdit de camper ici !

Le lendemain, en ce premier jour de février, nous nous rendons dans la grande ville de Dunedin, à une quarantaine de kilomètres de là. La ville est agréable à parcourir avec son architecture victorienne et sa grande place octogonale. C’est également une bonne base pour partir à la découverte de la péninsule d’Otago, particulièrement réputée pour sa faune. On y trouve de petits pingouins bleus, des lions de mers ainsi que le rarissime pingouin aux yeux jaunes, visible uniquement dans cette région. Mais aujourd’hui nous nous contenterons d’aller rendre visite à un de ses lointains cousins, l’Albatros ! Avant cela, un bon repas s’impose (pour changer du riz Uncle Ben’s) et nous allons déjeuner au Luna Bar, un restaurant sur les hauteurs de la ville avec une belle vue sur Dunedin et la côte. Les plats sont très bons et leur brownie au chocolat, exquis !

Les albatros royaux de la péninsule d’Otago

C’est en effet au point le plus extrême de la Péninsule d’Otago, à Taiaroa Head, que niche la seule colonie d’Albatros Royaux au monde… sur la terre ferme. Il y existe d’autres colonies d’Albatros bien sûr, mais sur de petites îles difficilement accessibles (et donc impossibles à visiter). Cette colonie-ci est à portée de voiture et les Albatros y viennent chaque année depuis des décennies pour y mettre au monde leurs petits et rester une année entière jusqu’à que leurs rejetons soient prêts à s’envoler.

Avant de nous rendre à la plateforme d’observation, notre guide nous explique que ces oiseaux peuvent peser jusqu’à 10 kg (en particulier les poussins en phase de « gavage! ») et leur envergure dépasse les 3m ! Leur ailes, par exemple, se replient sur elles-mêmes et sont dotées d’un petit os qui les ”cliquent” en position ouverte lorsqu’ils les déploient. Mère Nature ne s’est pas arrêtée là : leur bec comporte 2 petits tubes (comme des narines) qui servent à évacuer le sel qui s’accumule lorsqu’ils sont en vol au dessus de la mer…

Un panneau explicatif montre les différentes étapes de leur cycle de reproduction. Ainsi, les Albatros adultes arrivent à partir du mois de Septembre et forment des couples qui durent en général toute leur vie, environ 45 ans ! La guide raconte d’ailleurs qu’une femelle mature de la colonie ayant perdu son mari d’oiseau a eu plusieurs aventures avec des petits jeunots par la suite ! ;) En Novembre, ils fabriquent le nid et regroupent de la végétation autour de celui-ci. L’œuf – de 500 grammes ! – est pondu dans le courant du mois de Novembre. Jusqu’à fin Janvier, c’est la période de couve où les albatros se relaient pour aller chercher à manger pour leur conjoint. Ainsi, il y en a toujours un des deux qui couve l’œuf pendant que l’autre part chercher quelques victuailles. La période d’incubation de l’œuf est l’une des plus longues qui existent parmi tous les oiseaux !

Nous sommes sur place à la fin de cette période et aucun œuf n’a encore éclos. Il s’agit plutôt d’une bonne période car les jours de vent, comme c’est le cas aujourd’hui, on peut observer une grande activité lorsque l’un des partenaires part chercher de la nourriture. Puis, à partir de février, les petits cassent leur coquilles dont ils peuvent mettre jusqu’à 3 jours pour s’en extirper ! Ils passent ensuite un long moment à s’engraisser, jusqu’aux environs du mois d’août, soit près de 7 mois ! La guide nous fait peser une peluche correspondant au poids d’un petit de quelques mois et c’est assez impressionnant. Une fois les petits bien gras, il faut leur faire faire un peu d’exercice pour les muscler et leur faire perdre du poids. (Quel intérêt de les engraisser alors??). Ainsi, ils jouent entre eux de longues semaines mais n’apprennent pas véritablement à voler, comme pourraient le faire d’autres espèces d’oiseaux.

Après avoir écouté les explications de la guide, nous avons enfin le droit de grimper jusqu’à la plate-forme d’observation, au sommet d’une petite colline, avec des vitres donnant sur le versant où les albatros couvent leurs nids. Nous ne sommes pas nombreux et prenons place en silence afin de les observer. Même si nous ne sommes pas tout près, nous nous rendons compte de la taille remarquable de ces oiseaux. Et nous sommes chanceux, car le vent s’est levé et nous en voyons plusieurs s’envoler en même temps, passant très près des vitres, ce qui a l’air d’être une chose plutôt rare. La guide est presque plus enthousiaste que nous ! Nous essayons de faire quelques photos mais le temps est assez maussade et les vitres fumées (pour ne pas effrayer nos amis albatros) n’aident pas franchement à la tâche.

Mais le meilleur est pour la fin et je suis sûr que vous vous demandez quand, enfin, les petits prennent leur envols avec leur parents ?… Et c’est bien ce qui est exceptionnel avec ces oiseaux : en Septembre, soit près d’un an après l’arrivée des parents, les jeunes déploient leurs ailes, attendent une bonne brise et s’envolent pour une période de 3 à 6 ans… sans toucher terre ! Tout ce temps, ils le passent à voler autour de l’Antarctique, à pêcher, à dormir sur l’eau, mais sans jamais revenir sur la terre ferme. Puis ils finiront par revenir ici-même, à Taiaroa, pour trouver un partenaire. Et alors que j’écris ces lignes depuis le bateau qui nous fait passer le Cap Horn, nous pouvons voir un grand nombre d’albatros voler aux abords du bateau. Viennent-ils de Nouvelle-Zélande, de Taiaroa ? Qui sait !…

Après près de 3/4 d’heure passés à les observer, il nous faut déjà quitter le refuge pour continuer notre route. Malheureusement, il se remet à pleuvoir et nous regardons un peu quelles sont les prévisions météo pour le reste du pays. Nous avions prévu d’aller au sud de l’île du Sud jusqu’au point le plus austral du pays mais le temps a l’air d’empirer pour les jours qui viennent. Un rapide coup d’œil aux prévisions sur la côte ouest et ça à l’air bien meilleur, au moins pour les 2 jours suivants. Nous décidons alors d’annuler ce que nous avions prévu dans le sud pour nous rendre directement dans la région de Queenstown. Nous quittons la route sur laquelle nous nous étions embarqués afin de gagner dans l’autre sens la petite ville d’Alexandra où nous passerons la nuit. Et, comme lors de notre trajet pour le lac Tekapo, à peine avons-nous passé les montagnes séparant les terres de la côte que le soleil est de retour et la chaleur avec ! Nous avons bien fait !

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