Trois singes dans la brume

Nikko 00

Jour 57 à Jour 58
du samedi 7 au dimanche 8 septembre 2013

Après nos péripéties tokyoïtes, nous avions comme une envie de grands espaces… ou, tout du moins, de quitter les hauts buildings et l’agitation citadine. Notre première idée était de nous échapper quelques jours à Hokkaïdo, l’île du Nord du Japon. Mais voilà, nous en avons parlé un peu dans notre précédent article, il se trouve que nous sommes arrivés au Japon alors que deux de leurs jours fériés tombent un lundi. Nous comptions prendre des trains de nuit pour rallier la fameuse île (presque 30h de train, aller-retour) mais ceux-ci sont déjà tous complets ! L’idée de voyager de jour et de perdre deux journées complètes dans le train ne nous emballe pas…

Nous réservons alors nos billets de train pour la ville de Nikko – « Lumière du Soleil » en japonais – au pied des montagnes, à deux heures de train de la capitale (haaaaa, c’est mieux!) et dont les sanctuaires sont mondialement réputés. Qui n’a jamais entendu parler des trois singes de la sagesse : celui qui ne voit pas, celui qui n’entend pas et celui qui ne parle pas ? On trouve l’une des premières représentations de ce haut symbole bouddhique à Nikko. Après tout, Ghandi lui-même en portait toujours une petite sculpture sur lui !

Cette ville est aussi réputée pour son complexe d’une quinzaine de temples répartis en 103 bâtiments (rien que ça!) et surtout pour leur décoration riche en couleurs vives et d’une grande liberté d’expression.

Après avoir déposé nos encombrants sacs à dos dans notre ryokan pour la nuit (une auberge typique japonaise avec tatamis et futons), nous nous dirigeons vers le plus célèbre d’entre eux, le Rinnō-ji. Nous nous félicitons en route d’avoir emporté le parapluie prêté par notre hôte car le temps alterne entre brume, pluie et fin crachin ininterrompu. Nous passons devant l’un des trois plus beaux ponts du Japon, le pont rouge vif Nikkō Shinkyō au dessus de la rivière Daiya, qui a figuré dans nombre de films. Mais sous la pluie, la vue est moins romantique que déprimante.

Pour nous mettre du baume au coeur – et parce que nous sommes morts de faim – nous décidons de nous accorder une pause déjeuner avant d’entamer les visites des temples et autres sanctuaires. Rodolphe gardait de son précédent passage à Nikko le souvenir de délicieux yakitoris (ces petites brochettes de différentes viandes grillées) dans un restaurant assez atypique dont les murs sont recouverts de petits mots de voyageurs. Miracle, il ne nous faudra pas longtemps pour le retrouver ! Et les brochettes sont à la hauteur de son souvenir. Avant de partir, nous en profitons pour glisser la carte de Tongs et Baluchon quelque part au milieu de l’enchevêtrement des petits bouts de papier.

La pluie s’est calmée, à nous les temples! Nous montons quelques marches, tournons à gauche, à droite (tout est indiqué en japonais), levons la tête, incrédules, cherchons un peu… Mais où est-il, ce temple ? Où est l’entrée ? Toi qui est déjà venu Rodolphe, ça te dit quelque chose ? Ha, tiens, peut-être faut-il passer sous ces grands échafaudages, par là-bas ? Nous achetons nos tickets pour la visite et… surprise ! Sous ce gigantesque échafaudage haut de huits étages se cache le Rinnō-ji, en rénovation depuis peu mais jusqu’en… 2020 ! Nous avons gagné le droit de gravir la structure métallique (un véritable immeuble) jusqu’à son sommet et nous comprenons grâce à quelques photos prises lors du démontage que le bâtiment, entièrement en bois, était rongé par les mites. Puisqu’il est classé au patrimoine mondial de l’Unesco, les japonais ont décidé de le démonter intégralement – pièce par pièce! – afin de le restaurer et de chasser les habitants importuns qui nichaient dans les grosses poutres du temple. Les photos sont datées et c’est tout simplement impressionnant : en à peine quelques semaines, ils ont démonté et classé pratiquement l’intégralité du monument et à travers quelques baies vitrées, nous voyons les ouvriers à l’oeuvre, à l’aide de grosses grues automatisées.

Certes, ce n’est pas exactement ce que nous étions venu voir et nous nous mettons donc en route pour le second ensemble de temples dans le Taiyū-in. Ici, quelques temples sont encore sous bâche et nous commençons lentement mais sûrement à désespérer, même si les innombrables sculptures des gardiens à l’entrée des temples valent le coup d’oeil : à nos yeux profanes, ils ressemblent à de super-héros à l’air patibulaire.

Mais heureusement, nous terminons notre visite de Nikko par le Tōshō-gū qui nous réconciliera pour de bon avec ce superbe site. Ici, on comprend mieux la foule qui se presse dans tous les sens ! (Mais peut-être étaient-ils au courant que les autres étaient en rénovation…?)

Cet ensemble de temples regorge de couleurs vives, de bois laqué savamment sculpté, de sanctuaires interdits où il faut enlever ses sandales vingt fois, de chemins et d’escaliers qui se perdent haut dans la montagne. Nous nous arrêtons enfin devant les 3 singes de la sagesse, bien plus petits que leur réputation, sculptés au-dessus d’une porte, mais aussi devant la sculpture du « chat qui dort »… et qui semble déchaîner les passions de tous ces touristes japonais qui ne cessent de le photographier. N’oublions pas le dragon qui pleure, si bluffant que nous en avons oublié de sortir notre appareil photo (à moins que ça n’ait été interdit, ce qui est fort probable). Il s’agit d’un immense dragon d’une dizaine de mètres de long peint sur le plafond d’un temple, dans une antichambre parfaitement rectangulaire, au sol de dalles de pierre. Un moine fait le tour de la pièce en frappant dans ses mains et rien d’extraordinaire ne se produit. Puis il se place sur une dalle exactement sous la tête du dragon et frappe à nouveau dans ses mains : la magie se produit, un écho se propage longtemps et très distinctement. Alors, oui, normalement, cela se solde par les larmes du dragon mais il doit falloir être un peu plus initiés que nous pour ça…

Nous rentrons juste à temps à notre ryokan – sur les rotules – en échappant à une nouvelle averse qui durera jusqu’au lendemain matin. Avec un sourire, nous notons le mot sur la baie vitrée du rez-de-chaussée : « Please close the doors or monkeys comme inside! », mais à la grande déception de Jordane, pas un primate en vue.

Nous ne rêvons que d’une chose, d’un bon bain chaud ! Notre hôte Yuji nous présente alors son « onsen » bien à lui (les bains japonais traditionnels) dans un bâtiment attenant à notre chambre. Tout d’abord, si nous souhaitons utiliser l’onsen, il nous faut coiffer la statue en bois d’une geisha rondouillette de la casquette qui trône à ses pieds : ça voudra dire que le bain est occupé et nous évitera d’être dérangés. Dans cette grande salle de bains, on trouve un petit sas avec des paniers en osier pour y poser ses affaires, puis dans la salle elle-même, plusieurs douches et un grand bain en inox remplie d’eau brûlante et maintenue à température par un tas de pierres sombres dans une cage en métal : du « germanium ore » dont nous n’avons jamais entendu parler. L’endroit regorge de petites pancartes plastifiées pour nous expliquer le fonctionnement d’un bain japonais traditionnel : il faut d’abord se laver aux douches en prenant garde de ne pas projeter de savon dans le bain, bien se rincer puis ensuite aller se délasser et se prélasser dans cette eau brûlante ! De quoi finir la journée en beauté…

Un peu flagadas, nous remontons dans notre chambre où nous trouvons un visiteur impromptu. Une énorme araignée a choisi d’échapper au froid et à la pluie en se glissant dans notre chambre à travers le conduit du climatiseur. Elle fait bien la taille d’un poing ! Là encore, Yuji nous viendra en aide, armé de son aspirateur. Il lui faudra bien quelques minutes avant d’arriver à déloger le bestiau et à réussir à l’aspirer (elle a du mal à passer dans le tuyau, la bougresse !). Il en faut plus pour nous faire descendre de notre petit nuage et nous n’aurions pas pu choisir un meilleur moment pour regarder l’excellent film « Mémoires d’une Geisha » avant de nous endormir, bercés par le bruit de la pluie sur le toit. Superbe !

3 réponses à Trois singes dans la brume

  1. Mulder

    A propos du onsen au Germanium, le patron du Ryokan etait sans doute tres fier de vous y convier! Voir : http://web-japan.org/trends/lifestyle/lif060124.html
    Vous vous sentez plus beaux maintenant? ;)

  2. Romain

    Les temples japonais sont juste magnifiques. Il est vrai que les trois singes semblent petits quand même….Rodolphe, les yakitoris de Nikko sont aussi bon que le milkshake de Norseman ?

    • Rodolphe

      J’ai justement rencontré récemment un australien de Perth avec qui nous avons discuté milkshake et il m’a indiqué que le véritable meilleur Milkshake du monde était à Kowarramup, au sud de perth.
      Et donc pour en revenir aux Yakitoris de Nikko, oui ils étaient très bon mais je dois avouer que j’en avais un meilleur souvenir… Tout se perd mon bon monsieur ! ;)

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