Les rizières de Sa Pa

Sapa 00

Jour 93 à Jour 95
du dimanche 13 au mardi 15 octobre 2013

Train de nuit jusqu’à Lao Cai

À peine quelques heures après notre retour de la baie d’Halong, nous voici à la gare de train d’Hanoï où nous montons dans le train-couchettes qui doit nous emmener tout au nord du Vietnam, dans les montagnes de Sa Pa. Nous y sommes attendus pour 2 jours de trek dans les rizières, à la découverte des minorités locales : les H’mongs. 9h de train en perspective avant d’arriver à la toute dernière gare avant la Chine, Lao Cai. Dans les couloirs, nous ne voyons pratiquement que des occidentaux ! Nous trouvons rapidement notre compartiment où sont déjà installés deux hommes : un vietnamien qui somnole sur une couchette du bas et un hollandais avec une énorme valise, qui a pris possession de la couchette du dessus. Nous nous installons du côté droit. Après un coup d’oeil au système de fixation de la couchette du haut, nous décidons qu’il vaut mieux que Jordane y prenne place !

De notre côté, nous avons laissé nos gros sacs en pension à notre hôtel à Hanoï et n’avons emmené que le strict minimum : une tenue de rechange, des chaussettes, de l’eau, un imperméable et pas beaucoup plus ! Jordane est assez stressée : ce sera son tout premier trek et même si depuis notre départ il y a 4 mois, il n’est pas rare que nous marchions jusqu’à 15 km par jour, elle n’est pas rassurée. (Même si son sac est tout petit petit et qu’il n’est pas prévu de faire plus de 12km le premier jour et un peu moins le lendemain!)

Nous ne faisons pas long feu et éteignons la lumière vers 22h, à peine une heure après le départ du train. Après tout, ce matin, nous étions encore sur Monkey Island… Premier train de nuit et première couchette pour Jordane, décidément ! C’est plutôt propre et confortable, belle surprise. Réveil en sursaut vers 5h du matin, lorsque nous voyons notre compagnon vietnamien s’agiter sur sa couchette, prendre ses affaires et s’en aller. Mince, c’était la gare ? Nous devions arriver à 5h25, pas avant ! Le hollandais n’en sait pas plus que nous et nous tentons de demander le nom de la gare aux hôtesses vietnamiennes des couloirs, mais elles ne comprennent pas. Les minutes s’égrènent et le train ne s’arrête toujours pas. Finalement, vers 6h30, nouveau branlebas de combat : nous arrivons bien en gare de Lao Cai.

En récupérant les tickets de train la veille, on nous a donné un petit prospectus insistant bien : « Ne montez surtout pas dans le bus de quelqu’un qui vous alpague, ne suivez qu’un guide portant votre nom sur une pancarte et personne d’autre ! ». Pas très rassurant. Nous voilà donc à chercher longuement notre nom dans le flot de guides agitant leurs pancartes à la sortie de la gare. « Tu crois que c’est celui là, avec marqué « Jardan » ? Mmmmm… » On cherche encore Cau ou Villevieille, mais non, rien. On aborde finalement le guide qui n’en sait pas plus que nous. Bon tant pis, on monte dans son bus.

Et là, nous attendons encore une heure, une heure et demie… Et oui, il faut attendre le train suivant pour récupérer encore du monde. Ça aurait été trop simple de booker tout le monde dans le même train ! Finalement, le bus enfin complet se met en route pour la ville de Sa Pa, pendant une heure sur une petite route de montagnes à lacets (ce qui viendra à bout de l’estomac d’une jeune femme à l’arrière du bus mais on vous passe les détails).

Rencontre avec les H’Mongs

Charmant début de matinée ! Le bus nous dépose enfin devant un hôtel où nous pouvons prendre le petit déjeuner. C’est également ici que les randonneurs qui l’ont choisi passeront la nuit. Pour notre part, nous avons décidé de rester dans le traditionnel et l’authentique (ha, ha!) et nous avons opté pour la nuit en « homestay », séjour chez l’habitant dans l’un des villages des H’Mongs.

Les jeunes filles et femmes H’Mongs, la plupart du temps un bébé en écharpe sur le dos, s’activent dans les rues de la ville et papillonnent de touristes en touristes, leurs bracelets colorés à la main. Elles sont toutes vêtues de la tenue traditionnelle bleu indigo, sont parfois pieds nus mais ont les mollets recouverts de tissu noir brodés de perles colorés. On dirait des centaines de petits papillons bleus sombres lâchés à travers les rues de la cité.

L’une d’entre elle vient à notre rencontre dans la salle du petit déjeuner et se présente comme notre guide pour les deux jours qui viennent. Elle est plutôt jeune, la vingtaine. Elle prête d’ailleurs ses guêtres de perles à l’une des jeunes femmes de notre groupe. Le petit déjeuner englouti, nous nous mettons enfin en route ! Jordane, toujours peu rassurée, demande à la guide (qui parle, par miracle, un peu anglais) : « C’est difficile ce matin ? » Et elle de répondre, très sérieusement « Oh oui, c’est très difficile, mais ça va, vous avez de bonnes chaussures ». Ha…

Une randonnée pas si effrayante…

Sac au dos, nous commençons alors la lente, très lente procession en ville avant le début de la randonnée. La ville est submergée de groupes de touristes (plusieurs centaines au bas mot), et des h’mongs qui les suivent. Notre groupe (un peu moins de 10 personnes) est rapidement rejoint par autant de femmes H’Mongs, bébés sur le dos et parapluies ouverts pour se protéger du soleil. Elles sont si petites et nous collent de si près qu’elles manquent de nous éborgner vingt fois. Nous nous arrêtons pour les laisser passer. Les 4 premiers kilomètres (Jordane les regarde défiler anxieusement sur son petit « compteur de pas » accroché à sa chemise) sont décevants : nous marchons en ville sur la route goudronnée. Pourquoi le minibus ne nous a-t-il pas déposé plus près ? C’est ça le trek ? Finalement, nous bifurquons vers les premières terrasses de rizières – tout comme les centaines d’autres touristes, à la queue leu leu. Petite pause en haut d’une colline où nous prenons quelques photos. Nous sommes assaillis par une demi douzaine de fillettes au visage plein de terre et à la voix trainante et plaintive : « Buy one for meeeeeee pleaaaaaaaaaase » en nous tendant des bracelets. L’une des petites H’Mongs qui suit notre groupe depuis le début de la matinée tente de les chasser et nous dit qu’elles viennent d’un village rival. Elle préfèrerait qu’on achète des bracelets dans son village à elle.

La suite de la randonnée est plutôt agréable : les groupes de touristes se dispersent et la route est très facile : une large piste de terre qui surplombe les rizières. De temps en temps, on aperçoit une cascade et un village. Notre guide, malheureusement, est assez avare de détails malgré toutes les questions que nous lui posons. Nous mettons cela sur le compte de son anglais peut être encore hésitant (mais déjà impressionnant si, comme elle le dit, elle a appris l’an dernier par elle même au contact des touristes). Jordane se détend un peu : c’est vraiment pas une randonnée très compliquée ! Nous comprenons que chaque femme H’Mongs a choisi une « cible » dans le groupe (en général une femme) et ne la quitte pas. De bonne grâce, j’essaie de converser avec la mienne, qui me tient la main quand il y a petite descente sur la piste. Elle dit avoir 35 ans mais en parait la cinquantaine, le visage ridé mais souriant.

Nous arrivons pour déjeuner à midi dans un réfectoire en béton … Et bien entendu, avant de nous laisser, la femme H’Mong me supplie de lui acheter quelque chose. Je suis prête à lui donner quelques sous sans rien en contrepartie mais elle insiste. J’écope donc après d’âpres négociations d’un magnifique petit portemonnaie bleu indigo. Une fois attablés et avant qu’on nous serve nos délicieuses nouilles instantanées de supermarché, revoilà les fillettes, plus suppliantes que jamais. Et têtues. La jeune chinoise de notre groupe, un peu trop gentille, se retrouve à acheter une dizaine de bracelets avant de comprendre que plus elle en achète, plus les fillettes se passent le mot et plus elles viennent se coller devant elle !

Notre charmant « homestay »

Nous marchons encore quelques kilomètres avant d’arriver au village où nous passerons la nuit. Notre guide nous fait faire le tour de sa maison : murs de branchages et quelques tôles, sol en terre battue et tout un tas d’animaux, du cochon au beau chien en passant par les poussins et les chatons, tout le monde cohabite ! A l’étage, quelques nattes au sol pour dormir et les réserves de riz. Mais il y a quand même une télévision !

Nous arrivons assez tôt à notre maison pour la nuit : il est à peine 15h. C’est malheureusement aussi un cube en béton, très loin de l’habitat authentique que nous espérions. Une pièce principale avec la longue table pour le dîner du soir et au dessus, une mezzanine qui court tout autour de la pièce avec d’épaisses nattes colorées, des moustiquaires et des couettes : un dortoir d’une vingtaine de matelas collés les uns aux autres. Nous déposons nos affaires et avant de disparaitre, notre guide nous donne quelques conseils : il y a une rivière pas loin où nous pouvons aller faire un tour (elle indique une direction vaguement du bras) et surtout, SURTOUT, sous aucun prétexte, nous ne devons aller au bar juste derrière le homestay car le propriétaire est un homme dangereux. « Il est fou, c’est un fou ! Il a tué une amie à moi ici même ! C’est un fou ! Surtout n’y allez pas ! » Silence de mort autour de la table, regards inquiets, et la guide s’en va. Heu… ?

Nous finissons par partir à la recherche de la fameuse rivière et sur la route, nous croisons un bar à l’apparence très sympathique, tout en bambou, juste derrière notre auberge. « Free Wifi ! Gaufres belges ! Mojitos ! Etablissement tenu par une famille hollando-vietnamienne ! » est écrit sur un tableau noir. Sur la terrasse, un homme blanc immense, baraqué, le crâne rasé qui nous fait un grand sourire et un signe de la main. Le « meurtrier » ?! Nous passons rapidement. Nous faisons trempette dans la rivière avant de retourner à l’auberge. Ce petit bar a l’air bien sympathique quand même, mais cette histoire est tellement bizarre…

Meurtre et mensonges au Bamboo Bar

A 18h pétantes, après une rapide douche, nous dinons. Ha, c’est mieux ! La tenancière des lieux, aidée par notre guide, a préparé plein de petits bols : de la salade, du riz, de la viande. Mais à 18h30, nous avons fini et nous nous regardons tous un peu décontenancés. On profite d’une absence en cuisine de la guide pour parler : cette histoire c’est n’importe quoi, non ? C’est juste qu’ils ne veulent pas qu’on aille boire à côté ? Il faut trouver un moyen de s’échapper discrètement ! 2 premières personnes partent en silence…rapidement suivies par deux autres… et la guide revient. Pas dupe, elle nous lance un regard triste « Je vous ai prévenu, c’est à vos risques et périls, n’oubliez pas, il est fou ! ». Elle nous fiche les choquottes ! Mais comme tout le monde est parti, et qu’il n’est même pas 19h, nous les rejoignons, un peu honteux, comme des ados qui feraient le mur. On se retrouve tous devant le Bamboo Bar où le géant au crâne rasé nous regarde bizarrement. On n’ose pas rentrer. Il vient à notre rencontre « Il y a un problème ? Venez boire un verre ! » Dedans, il y a de la musique et de la lumière chaleureuse. Une petite fille joue sur l’échelle en bambou. Allez, on y va !

Toujours souriant, il nous lance « Bon alors, cette fois, c’est quoi ? Mes chiens ont la rage ? Ma nourriture est empoisonnée ? Qu’est-ce que les guides ont trouvé cette fois pour vous faire peur ? » Nous lui racontons que non, cette fois il est un assassin et cela le choque. Celle là, on ne lui avait pas faite. Il nous explique que bien sûr, les guides touchent une commission sur les boissons consommées à l’auberge… Et qu’ils ne savent pas comment faire autrement qu’en racontant d’énormes mensonges pour garder les touristes chez eux (c’est sûr, ce n’est pas grâce au cadre ni aux bières pas fraiches du frigo). Mais c’est pire que ça ! Ils nous prennent vraiment pour des abrutis ! Nous nous consolons avec d’excellents cocktails et des gaufres. Bonne soirée ! L’auberge nous avait prévenu qu’ils fermeraient la porte à clé à 23h tapantes, et nous laisseraient dehors s’il le faut. Charmant, on vous dit !

Au petit matin, le hollandais chauve est déjà là pour discuter avec notre guide, qui bien sûr, réfute avoir proféré de tels mensonges. Une fois parti, elle se permet même de nous engueuler « Mais pourquoi lui avez-vous dit ? Maintenant il est énervé contre moi ! » Nous laissons couler, pas besoin d’en rajouter. Mais du coup, hasard ou coïncidence, notre trek de la journée s’en trouve raccourci : adieu les villages des minorités suivantes et le trek à travers la jungle, nous ne ferons que 3 kilomètres et verrons rapidement une cascade avant de remonter vers un cube en béton où nous attendent encore des nouilles instantannés et des hordes de femmes et de fillettes armées de bracelets (Jordane finit par en acheter un pour en garder un souvenir, quand même !)

Nous retournons en minibus jusqu’à l’hôtel en longeant la route empruntée à travers les rizières la veille et nous attendons une grande partie de l’après midi pour reprendre notre train de nuit vers Hanoï ! Nous en profitons pour faire un tour dans les innombrables boutiques de la ville de montagne de Sa Pa qui ont des collections complètes de sacs et vêtements North Face… ou plutôt North Fake !

Dans notre compartiment de train de nuit, nous retrouvons notre hollandais de l’aller et nous sombrons bien vite dans un sommeil bien mérité.

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