Les passeurs du Laos

PasseursLaos 00

Jour 129 à jour 131
du lundi 18 au mercredi 20 novembre 2013

Changement de plan… et re-changement de plan !

À l’origine, après notre séjour au Cambodge, nous devions retrouver Simon et Mylène début novembre au Laos pour découvrir ce pays avec eux. Mais au fur et à mesure du voyage, les choses ont évolué : Simon et Mylène ont du décaler leurs dates pour la mi novembre et nous avions déjà prévu d’assister au festival des Lanternes qui se tenait le 17 Novembre au nord de la Thaïlande. Finalement, comme cela les tentait eux aussi, nous avons décidé de nous retrouver plutôt à Chiang Mai, quelques jours avant le festival. Et puisque nous devions prendre un avion le 25 à Bangkok, nous ne pouvions pas visiter le Laos avec eux ensuite. Nous avons donc décidé que nous visiterions le Laos avant d’arriver en Thaïlande et que Simon et Mylène le visiteraient après le festival des lanternes, pendant que nous redescendions vers Bangkok. Vous suivez ?

Après notre mésaventure à deux-roues au Cambodge, notre motivation a sévèrement chuté : pour remonter le Laos, les distances sont très grandes et les temps de trajet très longs, nous avons eu peur de passer surtout beaucoup de temps dans les transports. Nous avons donc décidé de faire une croix sur le Laos pour cette fois et de prendre du repos en Thaïlande.

Mais une fois à Chiang Mai, alors que Simon et Mylène regardent comment se rendre au Laos, nous commençons à nous dire que, peut-être, nous pourrions les accompagner pour quelques jours… Après tout, nous ne savions pas quoi faire entre le festival des lanternes et notre avion à Bangkok !

Le « package » proposé par notre Guesthouse pour se rendre au Laos annonçait :
– transfert de Chiang Mai à Chiang Khong en passant par le « temple blanc », déjeuner à notre charge
– nuit dans une Guesthouse, wifi gratuit, dîner compris
– petit déjeuner le lendemain et transfert à la frontière en traversant le Mékong
– croisière en slow boat jusqu’à PakBeng au Laos, déjeuner compris
– nuit à PakBeng dans une jolie Guesthouse, wifi gratuit, dîner à notre charge
– petit déjeuner le lendemain et tuk-tuk jusqu’au bateau
– deuxième partie du trajet en slow boat jusqu’à Luang Prabang, déjeuner compris
– arrivée à Luang Prabang vers 17h le troisième jour.
Le tout pour 2200 bahts, soit 51€ par personne pour 3 jours. Plutôt pas mal non ?

Il ne nous faut pas longtemps pour décider de – finalement ! – partir avec Simon et Mylène pour le Laos, au moins pour vivre ces 2 jours sur le Mékong et pour découvrir Luang Prabang, la ville la jolie du Laos. Mais surtout, cela nous permet de voyager quelques jours de plus avec eux !

Un package trop beau pour être vrai ?

Seulement voilà, difficile de savoir où on s’embarque avec ces agences qui organisent tout pour vous ! Découvrons comment ces passeurs du Laos en profitent pour grappiller le plus de votre précieuse monnaie…

Nous pourrions résumer le tout en 4 grandes arnaques, explications :

Le premier jour, un mini-bus vient nous récupérer dans la matinée à notre guesthouse. Le trajet se fait sans encombres, même s’il faut citer que notre chauffeur se prend pour Schumacher. Comme souvent, les organisateurs ne pensent pas que les voyageurs, c’est marrant, voyagent avec des bagages. Il y a si peu de place pour les stocker que les bagages s’entassent haut dans le coffre et derrière nos sièges, contraignant les deux derniers voyageurs à se partager une dernière place minuscule entre les gros sacs ! Ça crée des liens ! Comme nous avons les places de la dernière rangée avant le coffre, nous passons le trajet avec le dossier remonté dans une position très inconfortable, penchés vers l’avant. Mais l’endroit où l’on s’arrête déjeuner est plutôt bien, même si c’est à nous de payer notre repas.

Le trajet se poursuit dans l’après-midi avec la visite du fameux « White Temple » de Chiang Rai, un temple blanc immaculé, d’un goût assez discutable : il regorge de signes évoquant la mort (crânes, ossements, mains sortant de terre tendues vers le ciel) et, plus perturbant encore, de signes empruntés à la pop culture (sur les murs du temple interdit à la photographie on croise Neo de Matrix, toutes les icônes de Star Wars, Predator dans le jardin et même Angry Birds !…). Le temple, bien sûr, est censé représenter l’enfer en opposition au paradis et à la pureté que représente le temple blanc… tout un programme ! Au fond du temple, sous un immense bouddha peint, un moine de cire assis en tailleur en fait sursauter plus d’un.

Après cette visite fort amusante, nous reprenons la route pour arriver enfin à Chiang Khong, ville frontière avec le Laos qui se trouve de l’autre côté du Mékong. L’endroit où s’arrête le mini-bus fait un peu peur. On nous donne un cadenas censé verrouiller notre porte, on monte d’un étage pour découvrir notre chambre… c’est crade, ça pue, le lit est une simple planche de bois (!) sur laquelle est posée une natte de 3mm d’épaisseur, autant dire rien.

Un vieux ventilo crachote au plafond, la salle de bain est digne d’un hôtel du Mongol Rally (il n’y a pas d’évacuation de l’eau du lavabo, ça coule sur les pieds!), bref, vous l’aurez compris, nous sommes enchantés ! Nous posons juste nos sacs pour ressortir de la chambre aussi sec, laissant la porte grande ouverte avec le ventilo sur 5 (à fond) histoire d’aérer un peu la pièce et d’atténuer la puanteur. Il est tout juste 16h30 et on nous annonce que le dîner est à 18h pétantes… On décide alors de rester là en attendant, à travailler un peu sur le site internet car effectivement, WIFI gratuit il y a ! (Incroyable !)

On apprendra plus tard par d’autres voyageurs que l’endroit est surnommé « Prison Camp » en ville et c’est tout à fait ça ! Le dîner est sonné à 18h et tous les bagnards-voyageurs des 3 mini-bus s’étant arrêtés ici arrivent pour manger… une portion pour moineau de riz frit avec un œuf au plat froid par dessus. Top ! Il faut préciser que cette « auberge » affiche un prix à l’entrée de 200 bahts (4,7€) mais qui pour nous, petits chanceux, était inclus dans le pack ! Bon, soyons sérieux, aucun voyageur ne s’arrêterait ici de lui-même, l’endroit étant assez excentré du village (si tant est qu’il y ait un centre)…

Le dîner terminé assez rapidement (pardon, j’ai presque oublié de mentionner le petit bol de soupe couleur égout qui l’accompagnait) nous décidons de partir en « ville » à la recherche d’une petite épicerie. Personne ne se souvient bien si c’est le déjeuner ou le dîner qui n’est pas inclus le lendemain, mais tout le monde semble se souvenir qu’on nous avait dit de faire quelques provisions. Nous trouvons rapidement un 7-Eleven que nous dévalisons. Et c’est à la sortie de celui-ci qu’un panneau retient notre attention : « The Hub Bar – English Pub – 500m » Ni une ni deux, nous marchons en direction du bar. Alan, le tenancier, est déjà un peu fait à notre arrivée (19h15…). Nous lui commandons des cocktails ainsi qu’un bon cheese Burger pour Rodolphe et des toasties cheese pour Jordane, histoire de compléter un peu ce fameux repas de prison :) Nous passons une soirée très sympa où Alan et son pote Wolfgang se remémorent quelques bribes de français entre 2 gorgées d’une énième bière, avant de nous en retourner à notre prison. Pour la comparaison, Alan tient aussi une auberge mais où tous les lits sont en dortoir : c’est 100 bahts la nuit et tout est propre et neuf…

1. L’arnaque du coussin

C’est le lendemain matin que nous serons victime de la première « vraie » arnaque… À peine levés et après avoir englouti ce que l’on nous sert en guise de petit-déjeuner (de vagues œufs brouillés et du pain), on nous propose, en insistant fortement, de nous vendre des coussins colorés pour 50 bahts (1,15€). Soit, ce n’est pas très cher en soit mais à quoi bon s’encombrer d’un coussin ? À supporter les 2 jours de slow boat qui nous attendent, pardi ! Visiblement les bateaux ne sont pas hyper confortables (ça alors!) et le vendeur de coussins nous assure que ce sera bien mieux avec que sans ! Voyant tous les autres voyageurs acquérir ce précieux bijou de mousse, et vu la modique somme demandée, nous jouons le jeu et choisissons chacun un magnifique coussin vivement coloré.

Nous nous apercevrons plus tard que le bateau en était déjà équipé et que les sièges n’étaient pas si inconfortables que ça, enfin pour ceux qui ont la chance d’avoir une vraie place ! Mais pas si vite, ne mettons pas la pirogue avant le buffle.

2. L’arnaque au change de monnaie

Alors que tout le monde s’affaire à coincer son coussin dans son sac, nous vérifions les papiers et la procédure pour obtenir le visa pour passer au Laos. Un thaïlandais aux grosses bagouses attablé derrière un petit bureau au beau milieu de Prison Camp s’occupe de tout ça et nous demande si nous avons bien une photo d’identité (il peut vous les faire moyennant finance, sinon) et la somme de 30$ US afin d’obtenir le visa (il peut aussi vous changer de l’argent, si besoin).

Il peut, bien sûr, également vous changer de l’argent pour des Kip, la monnaie laotienne, mais à quel taux ? Après un rapide calcul, pour 50$ US, qui valent normalement près de 400.000 Kip, il vous en donne 310.000 environ, se faisant une TRÈS confortable marge de plus de 11$ dans sa poche !!! À priori, aucun voyageur ne fait le calcul de son côté (il faut dire qu’il est tôt et qu’il pleut des cordes, sans endroit pour s’abriter) et le thaïlandais imagine déjà la prochaine bague qu’il pourra s’acheter, brassant des quantités de dollars, de Kip et de bahts. Rodolphe, lui, dégaine sa calculette/convertisseur de son iPhone et met au grand jour la supercherie devant tout le monde ! Acculé, le thaïlandais monte tout de suite sur ses grands éléphants et argue que oui, mais il n’y a pas de bureau de change à la frontière, qu’il faut faire 10 minutes de taxi pour aller à la première banque, qu’il n’y a aucun distributeur de monnaie sur place et que de toutes façons ces derniers vous prennent 10$ (!!) de commission à chaque transaction ! Devant un tel tableau, les derniers pessimistes lui font quand même du change et récupèrent des milliers de kips (1€ = 10700K environ)

Doutant très fortement de la véracité de ces informations mais un peu ébranlé par tant d’aplomb, Rodolphe ne lui donne que 20$ à changer, ne lui laissant que 5 malheureux petits dollars pour lui, ce qui est déjà bien trop. Précisons que nous découvrons moins d’une heure plus tard, qu’il y a bien entendu tout ce qu’il faut comme distributeurs et un bureau de change pratiquant les taux officiels juste en face de la guitoune de la douane…

Ultime étape avant de continuer, l’autocollant. Chaque voyageur se voit affublé d’un autocollant à ne SURTOUT pas perdre, indiquant quel « pack » vous avez pris et permettant ainsi de savoir si vous avez le droit à un repas ou non, ou à la deuxième nuit incluse ou pas… Pour notre part, nous sommes des SLB, pour SlowBoat Pack B. Avec ça, on nous remet un petit sac grassouillet contenant notre repas de midi : des pad thaï froides… et gluantes, génial.

Nous voici parés pour affronter le Laos, armés de notre coussin, de nos kips, de nos provisions, de nos pad thaï froides et de notre autocollant. Tout le monde remonte dans les minibus qui nous emmènent jusqu’à la frontière. Il pleut, on patauge dans la gadoue, joie…

Quelques minutes plus tard, on nous débarque au bord du Mékong et il nous faut passer la douane pour sortir de Thaïlande. Nos passeports tamponnés, on se dirige ensuite vers le Mékong lui-même, toujours lui, en contrebas. Il n’y a pas vraiment d’embarcadère, pas du tout même… Un de nos « passeurs » nous donne un petit ticket pour prendre un des bateaux qui nous fait traverser le Mékong (un chouilla moins qu’1€). On s’approche de la rive en s’enfonçant dans la boue. Les « bateaux » qui font la traversée tiennent plus de la coquille de noix (de coco) et sont très fins et peu stables. Après s’être hissés à bord avec nos gros sacs, on tente de garder le bateau en équilibre en s’asseyant sur des planches trempées…
Une fois plein comme un œuf, notre bateau traverse le Mékong en quelques minutes. Des dizaines de bateaux font de même, déversant des dizaines de voyageurs comme nous, aux sacs (et aux couvertures de pluie) tous plus colorés les uns que les autres !

Le débarquement côté Laos ne se fait pas sans mal. Notre bateau ayant accosté le long d’autres bateaux, il nous faut enjamber 3 embarcations avant de toucher la terre ferme, manquant à chaque fois de renverser ces coquilles de noix sous notre poids et celui de nos sacs ! Une bonne matinée qui commence !!!

Le passage de la frontière laotienne n’est pas non plus de tout repos. Un autre « passeur » de la bande scrute nos T-Shirt (ou plutôt nos K-Way) à la recherche de l’autocollant. À la vue des nôtres, il crie « SLB, SLB ! Come with me ! » Ce sera donc lui qui s’occupera de nous jusqu’à que l’on prenne le bateau qui nous mènera jusqu’à Luang Prabang. Il nous donne 2 formulaires à remplir, un pour obtenir le visa et le deuxième pour passer la frontière. L’endroit est bondé de monde, ou plutôt de sacs à dos, à croire qu’il y aurait plus de sacs que de gens ! Nous finissons par trouver un petit coin où poser les nôtres et remplissons nos formulaires. Après ça, il faut forcer le passage afin de donner nos passeports ainsi que les formulaires et les photos à la petite guitoune qui se charge de vous délivrer les visas. Ensuite, patience… Le temps que la guitoune traite tous les passeports qu’elle reçoit, il y en a pour un moment, nous laissant attendre sous la pluie à tenter de protéger nos sacs de toutes les fuites du toit sous lequel on s’abrite…

La récupération de nos passeports est aussi assez cocasse. Un gros attroupement de gens s’est formé devant la minuscule lucarne de la guitoune. Les douaniers laotiens n’essayent plus de prononcer nos noms depuis belle lurette, ils annoncent simplement les nationalités des passeports qui sont prêts, créant ainsi un soubresaut dans l’assistance qui laisse passer les ressortissants du pays annoncé afin de voir s’il s’agit bien d’eux ! Un sacré foutoir, mais il y a, en plus, ceux qui se rajoutent à cette cohue pour donner leur passeports et leurs formulaires…

Notre « passeur » s’occupant d’un certain nombre de voyageurs, et comme nous sommes dans les premiers arrivés du matin, il nous faut maintenant attendre un long moment que tous les clients du passeur en aient terminé avec les autorités. Une bonne heure plus tard et nous voici bon pour grimper la côte qui nous sépare de la route principale.

Bien, nous voilà maintenant au Laos, pensant que le pire était derrière nous… Mais non lecteur, même si tu es déjà à bout de souffle de ce récit, non, le pire reste à venir…

Une sorte de machine hybride entre la camionnette et le tuk-tuk s’approche, le chauffeur baragouine quelque chose, nous laissant comprendre qu’on peut monter à 14 là dedans ! Il grimpe sur le toit et commence à hisser les sacs à dos des premiers qui s’embarquent. À 10 personnes, c’est déjà complètement blindé mais le chauffeur insiste pour que d’autres gens montent ! Nous refusons. Quelques valeureux hésitent et finalement le véhicule part avec 12 personnes (dont 1 devant) et revient vide une dizaine de minutes après, nous embarquant à son tour. La camiontuk, nouvelle appellation déposée, nous laisse dans une sorte de restaurant où un autre passeur nous accueille et nous dit qu’il faut attendre encore un peu que tout le monde arrive… Nous attendons donc encore sagement pendant une autre bonne heure mais il nous est défendu d’aller ailleurs sous prétexte que nous n’aurons pas le temps de revenir, laissant à penser que notre départ pour le bateau est imminent…

Que nenni ! Ce pourrait être la troisième arnaque (mais nous ne la compterons pas comme telle), le restaurant faisant également épicerie, ils veulent évidement que vous achetiez tout sur place sans aller à la concurrence ! L’occasion de compléter nos provisions par une autre bouteille d’eau et un gros paquet de cookies, mais nous ne craquerons pas pour des sandwichs faits d’une bonne baguette (n’oublions pas que le Laos était une colonie française et que certaine bonnes choses, comme le pain et les pâtisseries, sont restées).

3. L’arnaque aux guesthouses

Le temps commence à se faire long mais nous touchons bientôt au but. Visiblement tout le monde est arrivé et le passeur prend la parole en insistant pour que tout le monde se rapproche pour bien entendre (nous devons être une cinquantaine). Dans un anglais douteux aux sonorités fortement asiatiques, il récite son discours calibré, quasi appris par cœur : en gros, il est ravi que nous soyons là (lui au moins), il tient à ce que nous gardions un bon souvenir de notre voyage au Laos (ha?). Mais il continue en tentant de nous faire peur en nous disant de faire attention aux voleurs au débarquement à PakBeng (notre escale pour la nuit), aux arnaques aux guesthouses et à tout un tas de choses plus ou moins compréhensibles. Mais surtout, et c’est là qu’intervient la troisième grande arnaque, il prévient que les hébergements à PakBeng sont chers, qu’il y a beaucoup de monde et que les places sont limitées, qu’il est difficile de trouver une chambre à bas prix, bref, il inquiète ceux qui auraient pris le pack A (c’est-à-dire sans la chambre incluse). Nous, nous avons pris le pack B… pas d’inquiétude. Après son beau discours, il annonce justement qu’il tient une guesthouse à PakBeng et qu’il a (comme de par hasard) 10 chambres de libres à pas (trop) cher. Qui n’en veut ??? En 10 petites minutes, sa guesthouse est remplie pour la nuit !

Tout le monde est presque prêt à partir, achète un bon sandwich à la dame, et c’est au tour des SLB (à nous) de récupérer notre ticket pour notre guesthouse du soir, pas d’embrouilles. On charge nos sacs sur le dos et nous sommes presque dehors quand on nous tend un sac contenant 2 sandwiches ! Agréable surprise, mais heureusement que nous ne les avions pas achetés avant ! Évidement, personne ne nous aurait prévenu qu’ils nous serait fournis (seulement aux SLB) afin de faire un profit maximum. Mais nous voilà maintenant en route pour le bateau, le cœur (presque) léger.

Là, lecteur, tu te dis que c’est bon, tu vas pouvoir finir le reste de cet article tranquille… Tu verras.

En file indienne (nous sommes pourtant bien au Laos) nous descendons tous vers les bateaux non loin de là. Arrivés dans les premiers dans ce « restaurant », nous sommes les derniers à en repartir. Erreur fatale mais comment aurions-nous pu savoir ? Il n’y avait évidement pas que notre réseau de « passeurs » dans cette ville et c’est un véritable défilé de touristes qui se dirigent vers les bateaux, visiblement déjà pleins à craquer. Notre ticket indique le bateau 999 et des numéros de sièges mais qui ne sont là, en fait, que pour faire illusion. Notre bateau a l’air déjà bondé mais son capitaine crie qu’il reste 5 places. Ne voulant pas être séparés sur des sièges éparpillés, on laisse passer notre tour à des voyageurs en solo. Un deuxième bateau charge aussi des voyageurs et apparemment, personne n’a que faire du numéro inscrit sur notre ticket ! Ça traine, on attend encore un moment mais nous finissons enfin par arriver à l’embarcation, qui – même si elle est d’une apparence assez rustique – met bien plus en confiance que les bateaux du matin. On monte à bord avec nos sacs, nous traversons la grande salle ouverte qui constitue le coeur du bateau, mais… Il n’y a plus vraiment de place ici non plus. Cela nous mène jusqu’à l’arrière du bateau où l’on voit le moteur et au-dessus l’endroit où l’on stocke les sacs des passagers. La femme du capitaine dispose des chaises en plastique et c’est à priori là que nous devons rester… On le sent pas terrible… Alors que les autres passagers sont assez confortablement installés dans la pièce principale, lumineuse, claire et aérée, nous voilà, les 20 derniers, dans la salle des machines, puant le fuel et très sombre. Encore un peu d’attente et le bateau finit par bouger, se dégageant des autres bateaux restés sur la rive.

Et c’est là, seulement là lecteur, que le VRAI cauchemar commence. Le moteur se met en marche, nous laissant assez abasourdis par le bruit et les vapeurs qu’il dégage. C’est insupportable. Tout le monde se regarde pour savoir si c’est bien vrai, sachant qu’il nous reste au moins 7h à passer sur ce bateau. Puis le bateau commence à accélérer et le bruit devient tout simplement insoutenable. Rodolphe se rue jusqu’à l’autre bout du bateau voir le capitaine, commence à perdre son calme, mais ce dernier explique vaguement que dans 10 minutes il s’arrêtera déposer 5 personnes quelque part et que nous pourrons prendre leurs places. Super, mais on est au moins 20 là-bas !!! (et de toutes façon, le bateau ne se sera jamais arrêté de la journée !)

De retour à l’arrière, on décide de faire comme la plupart, prendre notre chaise en plastique et à nous planter dans le couloir de la pièce principale où sont les autre voyageurs. On bloque complètement le passage mais on s’en moque royalement. En moins d’un quart d’heure, la salle des machines est vide. Mais le bruit, lui n’a pas réduit d’un décibel ! Rodolphe se lève de nouveau pour aller fermer la porte d’accès mais c’est au tour de la femme du capitaine de râler et d’argumenter je-ne-sais-quoi pour laisser cette porte ouverte. Rodolphe lui explique que ce n’est tout bonnement pas possible à cause du bruit ! Ne serait-ce que pour elle ou ses enfants qui sont juste là !!! Elle ne veut rien savoir et nous jouerons un moment au chat et à la souris à ouvrir et fermer cette maudite porte jusqu’à ce que Rodolphe abandonne.

La suite de la journée se passe sans trop d’encombre, nous admirons les paysages et savourons cette « sérénité » que l’on nous a si souvent vanté à propos du Laos… Il pleut par intermittence mais le temps se dégage petit à petit. Nous croisons quelques embarcations jusqu’à croiser une véritable fusée… un des fameux « speed boat ». Et oui car jusqu’à cet instant, nous n’avions pas eu de comparaison entre ce qu’était un slow et et un speed boat, le notre allant déjà à une allure raisonnable (du moins à en croire le bruit dégagé par le moteur). Absolument toutes les personnes que nous connaissions ou que nous avions rencontrées auparavant nous avait formellement déconseillé le speed boat, et pour l’instant, vu le calvaire que se révélait notre expérience, on se demandait bien pourquoi. Mais à la vue du speed boat que nous croisons, tout s’éclaire. C’est tout simplement un petit bateau à ciel ouvert (embarquant au maximum 6 personnes) équipé d’un moteur énorme, dont le pilote (à cette allure, c’est le nom qui convient le mieux) et tous les passagers ont un casque de moto vissé sur la tête. Qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige (ce qui doit être rare) il trace à une allure folle, gagnant Luang Prabang en tout juste 7h, alors qu’il nous faut 2 jours en slow boat ! Effectivement, on relativise et on se dit qu’on est pas si mal sur notre chaise en plastique avec notre petit coussin (qui finalement se révèle utile…) !

Nous arrivons aux dernières lueurs du jours à PakBeng, épuisés mais heureux d’avoir atteint notre destination de la journée. Le Mékong étant parsemé de gros rochers, il était totalement impossible de naviguer de nuit, le bateau n’étant bien sûr équipé d’aucun phare… Un autre camiontuk nous embarque jusqu’à notre guesthouse, effectivement plus propre et à meilleure allure que la nuit précédente (cette fois-ci pas de planche en bois mais d’agréables ressorts qui vous vrillent les reins). Nous dînons en ville avant de nous écrouler pour la nuit. La journée fut particulièrement longue ! Et il nous reste encore une journée complète de slow boat avant d’atteindre la mythique Luang Prabang…

PS : oui lecteur, tu fais bien de le faire remarquer ! Il manque la quatrième arnaque… qui vous sera contée dans l’article sur Luang Prabang, à venir très, très vite !

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