Les éléphants du Mondolkiri

Mondolkiri 00

Jour 109 à Jour 114
du mardi 29 octobre au dimanche 3 novembre 2013

Arrivée à Sen Monorom

Nous arrivons de nuit à Sen Monorom, dans les montagnes du Mondolkiri, après de nouvelles interminables heures de bus. Surprise par rapport au dernier passage de Rodolphe dans la région : nous avons eu droit à une route parfaitement bitumée et relativement neuve ! Il y a 5 ans, sur cette même route – ou plutôt piste – il leur avait fallu pas moins de 17h de bus pour arriver à cette ville (contre 6h aujourd’hui)…Et surtout, à l’époque, il leur avait fallu descendre à chaque côte pour que le bus arrive à grimper !

À notre descente du bus, comme cela semble être la coutume maintenant, une armée de guides / conducteurs se jètent sur nous. Cette fois encore, quelqu’un de l’hôtel où nous avons réservé les 2 nuits suivantes doit nous attendre mais il n’y a personne en vue. Nous négocions donc notre trajet jusqu’au « Nature Lodge » qui ne se situe pas en ville mais à 2-3 km de là dans la pampa. Ici, pas de tuk-tuk (les routes montagneuses ne s’y prêtent pas) mais des dizaines de motos ! Nous grimpons chacun sur une moto, les regardons charger nos gros sacs entre leurs jambes (en se demandant comment ils vont faire pour conduire) et fonçons dans la nuit noire. Très vite, on se perd de vue et se demandent dans quel traquenard on est tombés. La route bitumée qui s’arrête définitivement à Sen Monorom laisse place à une piste défoncée avec des crevasses profondes (sans doute causées par les pluies), un petit pont en planches et la grimpette d’une montée de 2m de haut à 30°. Bref, un vrai circuit de motocross dans le noir le plus total. Sensations garanties !

Nous arrivons vivants au Nature Lodge, une superbe propriété de plusieurs hectares où les troupeaux de chevaux et de vaches vaquent librement à leurs occupations au milieu des bungalows. Après un rapide passage à la réception cachée dans un bosquet, nous découvrons notre chambre : une véritable cabane dans les arbres ! L’ambiance ici est calme et paisible et la nature au centre de ce petit monde.

Elephant Valley Project

Le lendemain matin, nous nous levons aux aurores : nous avons rendez-vous très tôt dans un petit café en centre-ville. Nous avons réservé une journée « découverte des éléphants » à l’Eléphant Valley Project et nous devons y retrouver Jack, le fondateur. C’est un personnage connu pour Rodolphe car lors de son précédent passage au Cambodge avec ses cousins Geneviève et Simon, ils avait déjà passé une journée en sa compagnie ! C’était alors le tout début d’Eléphant Valley : à l’époque il n’y avait que deux éléphants et une petite cahute ou deux. Les cousins avaient même fait une randonnée sur leurs dos à travers la forêt. Ce n’est plus possible aujourd’hui car leur devise est désormais « let the elephants be elephants » : ils laissent les éléphants à leur état sauvage le plus possible et seuls les mahouts (les cornacs) ont le droit de monter sur leur dos ou leur tête.

Jack nous emmène jusqu’à la fameuse vallée dans son van, à 40 mn de là. Il nous explique le fonctionnement du projet : la majeure partie des fonds récoltés est utilisée pour la sauvegarde des éléphants bien sûr mais sert aussi à assurer une protection sociale aux mahouts, aux tribus dont ils sont issus (les Bunong) et à tous leurs employés (guides, ouvriers, etc) et leurs familles (environ 3000 personnes dans la région). Ils investissent aussi considérablement pour protéger une partie de la forêt où vivent de véritables éléphants sauvages, les derniers.

Ils ont désormais 10 éléphants à leur charge qui vivent leur petite vie tranquille dans la forêt protégée, accompagnés de leurs mahouts. Mais d’où viennent-ils, ces éléphants ? Les tribus Bunong vénèrent les éléphants et les considèrent comme des membres à part entière de leur famille. Mais l’éléphant étant rare (et la capture d’éléphants sauvages étant interdite depuis 30 ans), il appartient souvent à plusieurs familles d’un même village. Et puisque les éléphants paraissent d’une force colossale, ils n’hésitent pas à les faire travailler, parfois trop, jusqu’à épuisement. Elephant Valley fait le tour des villages et lorsqu’ils rencontrent un éléphant vraiment fatigué, ils proposent aux mahouts de leur offrir une retraite dorée de quelques mois, en leur proposant bien sûr d’accompagner l’éléphant le temps qu’il se remette sur pied (et en dédommageant les tribus). Au programme, bains quotidiens et nourriture à volonté pour se remplumer ! Certains mahouts et leurs éléphants, séduits par le projet, sont même là pour une durée indéterminée. Bien sûr, il y a de moins jolies histoires, où Elephant Valley Project s’est battu bec et ongles pour racheter des éléphants maltraités, mais ce n’est pas la majorité des cas.

Après une rapide randonnée dans la jungle, devancés par notre guide assistante-vétérinaire, nous attendons l’arrivée des éléphants auprès d’un petit lac. Ici, pas de programme établi, c’est l’éléphant qui décide ! Ils finissent par pointer le bout de leur trompe à travers les feuillages et à aller prendre leur bain. Ces éléphants issus de la captivité ne savent pas se laver tous seuls ou sont assez intelligents pour laisser les humains le faire à leur place ;) Il s’agit d’un groupe de trois éléphantes (les éléphants mâles vivent seuls à l’écart) mais Oignon la solitaire finit par bientôt par s’éloigner. Triste histoire que la sienne : traumatisée par de mauvais traitements, elle était dans un terrible état lorsqu’Eléphant Valley l’a trouvée. Il a fallu des années de négociations avant qu’ils arrivent à la récupérer pour de bon. Mais Oignon ne s’est jamais intégrée dans aucun groupe, un peu trop agressive. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Barry, un vieux mâle ! Chose inédite, ils ne se sont plus quittés et arpentaient toujours ensemble la forêt. Oignon reprenait du poil de la bête. Jusqu’à ce qu’un matin il y a deux mois, Barry ne se relève pas, son coeur a lâché… Depuis, Oignon est inconsolable et arpente tous les jours, seule, les mêmes chemins qu’elle empruntait avec lui…

Nous passons le reste de la matinée à suivre Buffy et Ruby, les deux autres éléphantes. Mais celles-ci ont du faire la java toute la nuit car elles font à peine quelques mètres avant de s’endormir debout ! Elles n’en restent pas moins majestueuses et nous sommes déjà ravis de les voir de si près.

Retour à la base pour un déjeuner-buffet et sieste dans les hamacs surplombant la vallée, puis nous nous remettons en route. La plupart de nos compagnons de la journée ont été dirigés vers des activités de bénévolat : fabrique et transport de briques, débroussaillage, coupe de bananiers. C’est en effet une des options de la visite à Elephant Valley Project : donner de son temps pendant l’après-midi pour aider à améliorer l’endroit (en échange d’une réduction du prix de l’entrée). Certains bénévoles sont même là pour 5 semaines ou plus !

En ce qui nous concerne, nous avons opté pour passer la journée complète avec les éléphants : au programme de l’après-midi, le bain des 10 au complet. C’est à peine à quelques mètres du camp de base qu’un espace a été aménagé pour y recevoir les bestiaux. Les mahouts y amènent un par un leurs éléphants adorés pour une séance tuyau d’arrosage / gratouillis à la brosse dure pour les débarrasser de la boue dont ils ne manquent jamais de se tartiner. Nous découvrons les 7 derniers éléphants et notre guide nous raconte en quelques mots leurs histoires à chaque fois. Lors de l’arrivée du seul mâle en fin de cortège, il nous faut nous reculer d’une dizaine de mètres et rester le plus sage possible : les mâles sont moins dociles que les femelles et seul son mahout est autorisé à l’approcher.

Le bain terminé, nous les suivons dans la savane aux hautes herbes jaunes et nous retrouvons transportés en Afrique le temps de quelques photos (seul détail qui trahit que nous sommes au Cambodge : nous n’avons pas été dévorés par des lions et ce sont des éléphants d’Asie, donc aux oreilles beaucoup plus petites!)

Balade dans la jungle à dos d’éléphants

Nous n’avons pas encore eu notre dose d’éléphants, alors nous nous embarquons le lendemain pour une balade d’un autre type, organisée cette fois par le Nature Lodge. C’est bien joli de voir les éléphants de (plus ou moins) loin, mais nous aimerions bien grimper dessus pour voir l’effet que ça fait ! De bonne heure, nous avons rendez-vous dans un village traditionnel Bunong, aux huttes en paille. Deux mahouts arrivent peu après, juchés sur leurs énormes éléphants. Ces derniers ont des nacelles en osier sur le dos et embarquent quelques touristes. Très peu pour nous, c’est aussi inconfortable pour l’éléphant que pour le passager, alors nous avons opté pour la balade à cru. Mais nos éléphants de la journée ne sont pas là : ils sont libres d’aller où ils veulent dans la forêt durant la nuit et les mahouts ne les ont pas encore récupérés. Nous nous enfonçons donc dans la forêt à leur recherche et 4 éléphants imposants finissent par apparaitre au milieu d’une clairière, les mahouts (parfois très jeunes) juchés sur le dos ou la tête.

Ni une ni deux, on pointe Jordane du doigt, un mahout d’une dizaine d’années émet un grognement assorti de quelques tapes du pied derrière l’oreille d’une éléphants gigantesque et la bête s’agenouille sur le tapis de feuilles mortes. Il faut grimper et vite, vite, car l’éléphant va se relever ! Impossible, même à genoux l’éléphant fait bien encore 3m de haut et il n’y a aucune prise pour s’accrocher. Malheur ! Il faut pousser Jordane d’une manière très peu élégante pour qu’elle se hisse enfin alors que l’éléphante est déjà debout. Et ben dis donc, c’était pas facile ! Rodolphe s’en tire beaucoup mieux (mais c’est peut être parce que Jordane n’a rien vu, occupée à regagner un peu de dignité sur son perchoir).

Mais le meilleur reste à venir. Monter à cru un cheval, c’est déjà pas super confortable, mais les jambes passent quand même de chaque côté. Un éléphant de 3m de haut, c’est large d’au moins 2m ! Où est-ce qu’on met les jambes ? Après quelques essais infructueux de positions de jambes (essayer de les replier provoque directement des crampes), on comprend qu’il n’y a pas le choix…il faut bien en mettre une de chaque côté de l’échine de l’animal, en mode « grand écart ». Aïe… Et ça, c’est avant même que la bête se mette à marcher ! L’éléphant c’est le 4×4 des forêts et ça traverse aussi bien des rivières profondes que ça ne grimpe des flancs de montagne où un bouc aurait du mal à passer (et contrairement aux idées reçues, dans la plus grande discrétion). Et au sommet, dans ces cas-là, ça balance sévèrement.. Donc en plus de souffrir le martyr en grand écart, il faut en plus que nous compensions notre équilibre en permanence…

Au bout d’une demi douzaine de kilomètres, il y a enfin une première pause. Sans doute impressionnés par la performance de Jordane (haha), les mahouts apportent des échelles en bois qu’ils posent sur le flanc de l’animal. Rodolphe en profite pour descente et continue les 5 kilomètres suivants à pied pendant que Jordane profite de la vue depuis sa monture (Entre souffrir et marcher, elle a choisi!)

Une heure ou deux plus tard, c’est la pause déjeuner. Les éléphants disparaissent pour grignoter un bout, toujours accompagnés de leurs fidèles mahouts. Nous arrivons au bord d’une cascade où nous déjeunons et où nous en profitons pour nous baigner dans cette eau bien fraîche. Rodolphe fera même quelques pirouettes pour se jeter dans le bassin depuis le haut de la cascade ! Notre déjeuner terminé, tous les éléphants reviennent et… se joignent à nous ! Rodolphe saute de nouveau dans l’eau pour atterrir au milieu des éléphants ! Jordane prend quelques photos et vidéos avant de s’empresser de le rejoindre. Nager sous une cascade entourés d’une demi douzaine d’éléphants gigantesques, c’est quelque chose de vraiment incroyable… !

A peine le temps de se sécher que nous sautons de nouveau sur nos montures. Et c’est parti pour trois bonnes heures de balade, sur le chemin du retour. Sauf que là, la fatigue se fait sentir, les muscles commencent à râler et plus les minutes passent, plus nous nous tortillons sur nos maigres tapis de paille à la recherche d’une position moins inconfortable. On joue les contorsionnistes ! À la pause avec échelles de mi-parcours, nous hésitons mais nous ravisons : souffrons encore un peu mais profitons du moment. Rodolphe, le chanceux, se voit offrir la place de choix sur son éléphant : à la place du mazout, sur la tête ! (Il faut donc moins écarter les jambes). Il en perdra même son mahout qui descend carrément de l’animal, n’ayant pas trouvé de position confortable (pas étonnant que nous non plus). Rodolphe le pacha finit fièrement la balade seul aux commandes de son animal de l’après-midi. L’éléphante de Jordane (la même depuis le début de la matinée) semble un peu…comment dire… capricieuse ? Le mahout se bat régulièrement avec elle pour la faire avancer et celle-ci, têtue, décide de déraciner tous les arbres qui lui passent sous la trompe. Rien que ça !

Rincés, courbaturés et exténués mais heureux, nous regagnons le Nature Lodge pour nous effondrer après un bon dîner. Pour vous dire, nous prolongeons notre séjour de 4 nuits de plus et nous ne bougerons absolument pas d’un pouce pendant les trois jours suivants ! Non seulement nous récupérons un peu mais l’endroit est magique (et à 10$ le bungalow ça ne se refuse pas), mais surtout nous en profitons pour planifier sérieusement la suite de notre voyage. Nous épions toujours avidement les annonces de 4×4 à vendre en Australie, commençons un planning jour par jour de notre road trip aux Etats-Unis pour proposer aux copains et envoyons moults devis de location de 4×4 pour l’Afrique du Sud. Sans oublier de réfléchir sérieusement à ce que nous allons faire en Thaïlande, si nous allons vraiment au Laos avant ou si nous abandonnons l’idée… Bref, difficile de savoir dans quel pays nous sommes aujourd’hui !

Pimpom, pimpom, accident de scooter !

Au final, nous abandonnons l’idée d’aller au Laos à la fin de la semaine et jouons la carte du repos à fond : nous réservons une petite semaine sympathique à Koh Samui, une île au Sud de la Thaïlande. Revigorés par l’idée, nous décidons de profiter de notre dernière journée à Sen Monorom avant notre retour sur Phnom Penh. Qu’y a-t-il à voir dans le coin, maintenant que nous avons bien profité des éléphants ? D’autres cascades, pardi !

Renseignements pris, si nous demandons à un motodop (taxi moto) de nous y emmener, c’est 30$ par personne pour l’aller retour : les chutes à voir absolument sont à une quarantaine de kilomètres de là. À la réception, on nous conseille plutôt de louer une moto pour la journée pour à peine 10$. Effectivement, c’est tentant ! Ils proposent de nous amener la moto au Nature Lodge pour le lendemain matin. Ha non, ça ne va pas être possible ! Le parcours de motocross de l’enfer pour partir et revenir de l’hôtel, ce n’est pas vraiment dans nos cordes… Ils ne comprennent pas trop de quoi on parle mais acceptent de nous déposer en centre-ville où l’on pourra récupérer la moto. Ha voilà, c’est mieux. Sur le bitume, c’est déjà plus rassurant.

Nous arrivons donc de bon matin à l’échoppe de Mr Cham, un jeune cambodgien parlant un anglais impeccable … et français ! Il nous montre le scooter – moto qu’il a prévu pour nous. Ici les scooters sont des 125cc et Jordane, peu rassurée, demande à Rodolphe d’aller faire un petit demi tour pour voir comment il le sent. Mauvaise pioche, les vitesses à passer manuellement ne s’affichent pas sur le compteur et le scooter refuse de redémarrer. Un peu embêté, Mr Cham nous propose son propre scooter qui a l’air en bien meilleur état. Les vitesses s’affichent bien sur le tableau de bord mais pas la vitesse. Bon, tant pis ! Mr Cham nous indique la direction à prendre mais nous prévient qu’il y a un peu de piste sur le trajet mais que ça n’est pas très compliqué.

Nous voilà donc partis sur notre destrier en fer (ça change). Surprise, la piste commence à peine 2 kilomètres plus loin ! Ha mais oui, la route ne continue pas après Sen Monorom, c’est vrai… Nous roulons quelques centaines de mètres sur cette piste en terre rouge gravillonneuse. Rodolphe ralentit un peu : une rigole profonde creusée par les pluies court au milieu de la route. Il essaie de l’éviter le plus longtemps possible mais elle finit par couper la route en deux. La vitesse, notre manque d’expertise et la piste glissante : patatras !

Le scooter se dérobe sous nous, la roue avant plantée dans la rigole et nous glissons violemment sur le côté droit. Le choc passé, on se relève tant bien que mal, essayant de dégager la jambe de Rodolphe toujours coincée sous le scooter. Bien sûr, nous n’avions pas de casques – personne n’en porte ici contrairement au Vietnam – et nous nous rendons compte que nous avons échappé au pire. Belle leçon. Les gens passent autour de nous mais ne s’arrêtent pas, ne nous jettent même pas un coup d’oeil. On ramasse les morceaux de miroir du rétroviseur éclaté (et dire que c’était le dernier en état). Le scout refuse de redémarrer. Et merde.

Un homme d’une maison pas loin finit par s’approcher, fait un tour du scooter puis nous fait signe de le suivre. Un peu hébétés, nous obtempérons et le laissons pousser le scooter pour nous. Il nous fait nous asseoir sur des chaises en plastique, les enfants se pressent autour de nous pour regarder le spectacle et il nous apporte du désinfectant en petites doses (périmé depuis quelques années mais on s’en fiche, nous n’avons pas la trousse de secours sur nous !)

Nous regardons nos plaies : tout a l’air superficiel, de belles grosses égratignures sur les mains, les coudes, les genoux, les bras, les jambes. L’embêtant c’est cette terre rouge et les gravillons qui se sont incrustés partout. « Heu, tourne toi Rodolphe ? » Ha, peut être pas si superficiel que ça ce qu’il a sur le bras… Ca saigne quand même pas mal et ça a l’air bien profond (On vous épargne les photos que Jordane a eu la présence d’esprit de prendre en souvenir, encore en état de choc !). Avec du papier toilette (mauvaise idée) on essaie d’enlever le gros et de désinfecter mais c’est pas joli-joli.

Impossible de nous faire comprendre de notre bon samaritain mais nous avions eu la présence d’esprit de prendre la carte de visite de Mr Cham. Il finit par comprendre qu’on veut l’appeler avec son téléphone et Mr Cham rapplique sur un autre scoot en quelques minutes, accompagné de son frère. Au départ, il est grand sourire, nous demande si tout va bien, regarde rapidement l’état de son scooter et dit que ce n’est pas grave. On est mortifiés. Puis il remarque le bras de Rodolphe et change de tête directement. « Hôpital, on va à l’hôpital de suite ! ». Seul moyen d’y aller : grimper sur les scouts (dont celui qu’on vient de ruiner et qui a du mal à démarrer). Un peu blêmes, on obtempère et on arrive quelques minutes plus tard dans l’hôpital de brousse. On ne nous fait pas attendre longtemps avant qu’un « médecin » vienne nous voir et nous emmène dans la « salle d’opération » qui semble avoir servi très très récemment.

Sans nous laisser le temps de comprendre, ils allongent Rodolphe et s’acharnent à nettoyer les plaies. Dur mais efficace. Le pire aurait été de laisser de petits cailloux par peur de nous faire mal. Ha mais ici, avant de faire quoique ce soit, il faut aller à la pharmacie en face acheter des compresses. Pas vraiment en état, nous missionnons Mr Cham. Et puis vient le temps de recoudre le bras de Rodolphe. Jordane essaie de compter le nombre de points et surtout de vérifier qu’ils ne font pas ça comme des cochons mais ça fait un peu trop pour elle, elle est obligée de sortir prendre l’air à plusieurs reprises. Rodolphe, lui, répète à tue-tête qu’il est mort de faim. La fine équipe !!

Vient le tour de Jordane mais c’est beaucoup plus superficiel et ils la recouvrent d’un charmant liquide violet flou qui mettra deux semaines à partir. Disco ! Le très bon point : nous ne savons pas ce que c’était (et ils n’en ont pas mis à Rodolphe) mais ça s’arrête de saigner instantanément et ça commence même à cicatriser sur le champ.

Et là, vous vous dites « Bon et bien, ils vont rentrer se coucher, non ? »

Et bien non ! Mr Cham a l’air aussi embêté que nous : pas que nous ayons ruiné son scoot le plus neuf mais que nous ne profitions pas de la journée. Après nous avoir emmené à la pharmacie pour acheter des antibios pour éviter l’infection, il nous propose de nous emmener jusqu’aux fameuses cascades. Non, même avec l’adrénaline qui nous reste dans le sang, on ne s’en sent pas capables. Il nous propose donc de faire un tour d’une petite dizaine de kilomètres dans le coin : à une cascade (où nous serons plus occupés à prendre des photos de nos blessures de guerre qu’à la contempler) et à la « Sea of Trees », une petite colline d’où on peut contempler la mer d’arbres à 360°. De vrais guerriers on vous dit !

Dernière nuit difficile au Lodge tellement il est compliqué de trouver une position confortable. Heureusement, nous avions déjà prévu de redescendre à Phnom Penh dans la journée du lendemain – un dimanche évidemment… – et nous appelons à la rescousse Alain. Peut-il nous trouver un hôpital ou un médecin pour vérifier que tout va bien ? Alain se débrouille comme un véritable chef et nous trouve un rendez-vous chez un médecin dans la soirée. La journée dans le minibus nous parait interminable mais nous sommes heureux de retrouver Sina et Alain à notre sortie du bus.

On saute dans un tuk tuk et on se dirige illico presto vers le cabinet médical français. Nous n’en espérions pas tant !! Nous y rencontrons Dr Sebban qui est toujours là, malgré l’heure tardive, un dimanche. Quel réconfort !! Il nous ausculte soigneusement et s’assure qu’il n’y a rien de grave. La plaie suturée de Rodolphe s’est déjà infectée en moins de 24h, et même si c’est chose courante ici, c’est à surveiller de très près. Et hop, dose supplémentaire d’antibios et désinfection en règle à grosse dose de Fucidine. Il nous met des bandages supplémentaires afin d’éviter des infections supplémentaires.

Le lendemain, il était prévu que nous prenions l’avion pour Bangkok puis Ko Samui. Qu’en est-il finalement ? Dr Sebban se veut rassurant ! Rodolphe passe une radio de contrôle le lundi matin, quelques heures avant que nous enregistrions nos bagages à l’aéroport. Tout a l’air en ordre, ouf ! Dr Sebban nous donne l’autorisation de continuer le voyage, nous prévenons l’assurance qui nous donne le feu vert et… nous voilà en route, bandés comme des momies et claudiquant tristement vers les plages de Ko Samui…

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